Quand l’Afrique du Sud frôla la guerre civile

En 1993, le leader de l’extrême droite afrikaner rassemblait 60000 hommes armés en prévision d’une guerre contre l’Etat sud-africain. Objectif : la création, par la force, d’un Etat blanc indépendant. Chronique d’une guerre civile avortée.

Entre 50 000 et 60 000 hommes, mobilisés par l’ex général Constand Viljoen, leader de l’extrême droite sud-africaine, étaient prêts à prendre les armes, en 1993, pour la création d’un Etat blanc en Afrique du Sud. Un coup de force qui, heureusement, n’a pas été au bout de sa logique meurtrière.

1993. L’Apartheid vit ses dernières heures. Les premières élections libres multiethniques d’Afrique du Sud de juillet marquent la fin d’un système fondé sur la discrimination raciale. Un processus qui n’est pas pour plaire à tout le monde. L’extrême droite du pays ne voit pas d’un très bon oeil l’égalité avec les Noirs. Se sentant dépossédés de leurs prérogatives liées à la couleur de leur peau, ils réagissent et militent pour la création d’un Etat blanc indépendant au sein de la nation Arc en Ciel.

 » Cela aurait mené à un énorme bain de sang « 

Avant la terrible extrémité d’une guerre civile, Constand Viljoen, le chef de file de la branche dure des Afrikaners, négocie. En janvier 1994, il rencontre les leaders de l’ANC (African National Congress) et conclut avec eux un arrangement informel. Mais Nelson Mandela déclare publiquement que l’ANC ne permettrait jamais la création d’un Volkstaat, un Etat-nation au sein du pays. L’extrême droite ne croit plus aux pourparlers. Elle se radicalise encore et scande désormais publiquement :  » nous voulons la guerre « .

 » Nous avions tout un arsenal d’armes disséminé dans le pays « , explique Constand Viljoen au Sunday Independant. Mais la perspective de combattre les forces de défense régulières d’Afrique du Sud, n’était pas pour le réjouir. Une autre guerre des Boers.  » Cela aurait été une guerre sanglante « , prophétise-t-il rétrospectivement.

Reconnaissant les implications économiques et même internationales d’un conflit armé, l’ex-général, choisit la voix de la raison. Au sentier de la guerre, il préférera le chemin des urnes. Ainsi naît le parti du Front de la Liberté. L’aile politique d’un mouvement dont on connaît, malheureusement, le vrai visage, mais dont les résultats, 0.8% aux dernières élections générales de 1999 (contre 2.2% en 1994) sont là pour nous prouver que l’Afrique du Sud est en train de guérir de ses mauvais démons.