Procès Ruto : la CPI accuse un journaliste kényan de subornation

La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre un journaliste Kényan soupçonné de soudoyer des témoins à charge dans le procès du vice-président, William Ruto. Le suspect rejette les accusations.

Le vice-président kényan, William Ruto, est poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité. Mais depuis 2010, la procédure n’avance plus à cause de l’intimidation exercée sur les témoins. Selon les déclarations faites ce mercredi 2 octobre par Fatou Bensouda, procureure de la CPI, Walter Barasa, aurait tenté par trois fois de suborner des témoins de l’accusation cités au procès Ruto. La Cour soupçonne le journaliste de 41 ans de corruption ou tentative de corruption de témoins dans le cadre « d’un projet criminel conçu par un cercle de membres de l’administration kényane », précise-t-on dans un communiqué de la CPI.

Des pots de vin aux témoins contre leur silence

Walter Osapiri Barasa reconnu comme principal suspect dans les versements de pots de vin ou intimidations, a pourtant déclaré à la BBC qu’il avait des éléments prouvant son innocence. Ce qui ne semble pas être de l’avis de la procureure de la CPI, madame Bensouda, qui a affirmé que le suspect a « commis plusieurs atteintes à l’administration de la justice consistant en la subornation ou la tentative de subornation de témoins de la Cour ». Ce qui nuit à la procédure du procès. M. Barasa aurait proposé jusqu’à 13 000 euros aux témoins, identifiés en tant que P-0336, P-0536 et P-0256, pour qu’ils se rétractent dans leurs témoignages. « Les preuves montrent qu’un réseau de personnes tente de saboter l’affaire Ruto », a informé la procureure de la CPI. Et le suspect encourt une peine allant jusqu’à 5 ans de prison.

Une première à la CPI

Le mandat d’arrêt a été délivré depuis le 2 août dernier, mais il était conservé sous scellés, de crainte de contracter les chances d’arrestation, selon le juge. Aujourd’hui, la CPI a décidé de lever les scellés du document, et délivre publiquement un mandat d’arrêt contre le journaliste kényan. D’autres personnalités kenyanes risquent aussi le même châtiment. Mais encore une fois tout dépendra de la coopération des autorités kényanes.
Un véritable test, quand on sait que Nairobi a assuré par plusieurs fois, vouloir coopérer avec la Cour pénale internationale. Pour l’histoire, la CPI poursuit des responsables de deux camps éthnico-politiques qui se sont affrontés violemment après l’élection très contestée du Président sortant Mwai Kibaki, en décembre 2007. Le bilan de ces violences, qui restent les plus graves de l’histoire du Kenya indépendant, est de 1 000 morts et plus de 600 000 déplacés.

L’actuel vice-président, Willian Ruto, et son co-accusé, Joshua Arap Sang, sont poursuivis pour crimes contre l’humanité. Leur procès est ouvert depuis le 10 septembre dernier, à la CPI.