Présidentielle malgache : déjà des Couacs avant la tenue du scrutin

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) exige que les trois principaux candidats à la présidentielle malgache, dont le président de la transition Andry Rajoelina, qui avait renoncé à se présenter, retirent leurs candidatures qu’elle juge illégitimes pour éviter de nouveaux troubles dans le pays. Une requête d’or et déjà critiquée par les intéressés.

Le président de transition Andry Rajoelina, l’ex-président malgache Didier Ratsirika et Lalao, l’épouse du président renversé Marc Ravalomanana, sont les trois principaux candidats à la présidentielle malgache prévue en juillet. Des candidatures vue d’un mauvais oeil par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), chargée de jouer les médiateurs dans la crise malgache, qui exige leur retrait.

Selon la SADC, qui veut éviter de nouveaux troubles dans la grande île, ces candidatures sont illégitimes : « Le sommet a exprimé sa vive préoccupation quant à la décision de la Cour électorale spéciale d’approuver des candidatures illégitimes pour l’élection présidentielle en violation de la Constitution malgache et de la loi électorale ». L’organisation régionale a également appelé au respect du calendrier électoral fixé au 24 juillet avant un éventuel second tour couplé avec des législatives le 25 septembre -, invitant l’ONU et l’Union africaine à venir superviser l’organisation du scrutin.

Paris critique les trois principaux candidats

Même son de cloche pour pour Paris qui a également exprimé lundi 6 mai sa « déception face à la décision de la Cour électorale spéciale de déclarer recevable la candidature de M. Andry Rajoelina à l’élection présidentielle de Madagascar, de même que celles de Mme Lalao Ravalomanana et de M. Didier Ratsiraka [élu deux fois président de la République]». Selon le Quai d’Orsay, « la candidature de M. Rajoelina rompt l’engagement solennel pris le 15 janvier 2013 par le président de la transition de ne pas se porter candidat à l’élection présidentielle malgache».

Les coups de théâtres se sont multipliés depuis la publication de la liste des 41 candidats qui briguent le fauteuil présidentiel. Contre toute attente, Andry Rajoelina, qui avait renoncé à se présenter, a finalement décidé de maintenir sa candidature. Une surprise dont personne ne s’attendait. C’est lorsque la Cour électorale spéciale a dévoilé la liste officielle des 41 candidats à la présidentielle que l’on a découvert qu’elle contenait également le nom du chef de la transition.

Revirement de Rajoelina

Pourtant, il y a encore quelques mois, Lui et son prédécesseur Marc Ravalomanana, exilé en Afrique du Sud, avaient décidé tous deux de renoncer à la présidentielle afin d’apaiser les tensions politiques dans le pays, dues également à leurs querelles. Le président de la transition qui a mené un coup d’Etat contre l’ex-chef d’Etat malgache en mars 2003, plongeant le pays dans une grave crise économique, ne l’a jamais autorisé à rentrer dans son pays comme il en avait fait la demande.

Un revirement du président de la transition qui a pris de court la SADC, qui a exprimé son mécontentement face à sa promesse non tenue. L’organisation régionale a également critiqué la mouvance de Marc Ravalomanana qui a choisi de présenter au scrutin l’épouse de l’ex-chef d’Etat, ancienne première dame du pays. Cette dernière a été autorisée à conduire la mouvance de son mari même si le code électoral ne l’autorise légalement pas à se présenter, en raison de son retour tardif d’Afrique du Sud, qui va à l’encontre de l’obligation de tout candidat d’avoir résidé au moins six mois avant le scrutin à Madagascar.

De surprise en surprise

Quant à l’ex-président Didier Ratsirika, âgé de 76 ans, il pense qu’il peut encore apporter quelque chose à son pays. L’ancien dirigeant avait dirigé la Grande île entre 1975 et 1993 et entre 1997 et 2002. Selon lui, « il n’est pas interdit de vaticiner à 76 ans. C’est le lot des vieux schnocks. Je pense que je peux apporter encore quelques services à ce pays. Lors de ce dialogue malgacho-malgache, j’apporterai humblement une, deux, peut-être trois solutions que j’estime pérennes, efficaces, durables, démocratiques, consensuelles pour sortir le pays de cette crise qui n’a que trop duré », a-t-il confié à RFI.

Face aux critiques de la SADC, les mouvances des trois candidats n’ont pas tardé à réagir. Du côté d’Andry Rajoelina, on pense au contraire que c’est le maintien des candidatures qui permettra de stabiliser à nouveau le pays. Dans le parti de l’ex-président malgache Marc Ravalomanana, on affirme que le retrait de la candidature de l’épouse de ce dernier est impossible puisque dans le parti il n’y a pas d’autres candidats. Et chez Didier Ratsirika on va jusqu’à se mettre en colère contre la SADC : « Pourquoi la SADC nous donne-t-elle des ordres ? La Cour électorale spéciale est souveraine sur ses décisions. La CES a déjà trouvé que ça vaut mieux que les dossiers des trois candidats soient validés. La SADC s’immisce trop dans les affaires malgaches !» Les couacs autour de la présidentielle malgache ne font que commencer.