Présidentielle en Algérie : la campagne se poursuit dans une ambiance morose et violente

A l’approche de la présidentielle algérienne du 17 avril, la campagne électorale se poursuit dans une ambiance terne, et même violente comme ce fut le cas ce dimanche à Béjaïa.

(De notre correspondant)

Les Algériens vont assister à la troisième semaine de la campagne électorale pour la présidentielle du 17 avril, avec pour seule certitude : des résultats connus d’avance. Tel est le sentiment qui empreint les préparatifs de cette joute qui ne connait pas encore d’envolées à la hauteur de son impact sur l’avenir politique du pays. Si la campagne en question ne semble pas emballer grand monde, notamment dans les régions du centre du pays, et particulièrement la Kabylie où la population s’oppose au quatrième mandat du président-candidat Abdelaziz Bouteflika.

Des incidents sont à déplorer en Kabylie. A Béjaïa, Abdelmalek Sellal, directeur de campagne de Bouteflika, a été empêché, ce dimanche, de tenir son meeting par des masses en furie qui criait à tue-tête : « Djazair horra dimocratia »(l’Algérie libre et démocratique). Plusieurs dizaines de citoyens se sont rassemblés devant la Maison de la culture de la ville pour s’opposer catégoriquement au quatrième mandat, avant que la manifestation ne se transforme en affrontements entre policiers et manifestants qui ont déversé leur fiel sur tout ce qui symbolise l’état. Résultat : la Maison de la culture incendiée et plusieurs édifices publics touchés, sans compter les blessés.

Le représentant du candidat Abdelaziz Bouteflika a néanmoins réussi à tenir son meeting à Tizi-Ouzou, en raison d’un important dispositif de sécurité mis en place pour empêcher tout dérapage. Des manifestants, pour la plupart étudiants, brandissaient des cartes et scandaient : « pouvoir assassin ! ». Ceux-ci avaient lancé un appel, il y a quelques jours, à un rassemblement devant la Maison de la culture pour « dénoncer une farce électorale d’un candidat absent des radars, effectuée avec l’argent du contribuable » et dire « non à la propagande qui veut faire du pays une dictature révolue ». « Nous continuons de persister dans notre démarche et opposons un non catégorique à cette mascarade durant laquelle des sommes faramineuses sont dépensées. Cet argent est le nôtre, si on l’utilise à bon escient on pourra aisément sortir la tête de l’eau », fait remarquer un étudiant de Tizi-Ouzou.

La « surmédiatisation » de la présidentielle par les médias publics, notamment la télévision, n’a pas réussi à retenir l’attention de la rue ni éveiller sa conscience sur sa particularité. Si ce n’est les quelques affiches qui ornent les murs des cités ici et là à travers le territoire, rien n’indique qu’un événement marquant se prépare.

« L’ambiance n’est pas au grand jour et les citoyens sont partis du principe que les résultats sont connus d’avance, ce qui renseigne un peu sur la morosité qui empreint les préparatifs de cette importante joute pour l’avenir du pays », affirme Mohamed R., écrivain et journaliste à la Maison de la presse Tahar Djaout à Alger.