Présidentielle au Kenya : la victoire de Kenyatta en question

Uhuru Kenyatta a officiellement été déclaré président du Kenya ce samedi par la commission électorale indépendante après avoir obtenu 50,07% des voix au premier tour de la présidentielle. Il devient ainsi le quatrième dirigeant du pays, 50 ans après la prise de fonction de son père Jomo Kenyatta, héros de l’indépendance. Mais sa victoire pose question car il est soupçonné par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales après le scrutin de 2007.

De notre correspondante Capucine Dayen, à Nairobi

Après plusieurs jours d’attentes, les Kényans connaissent désormais le nom de leur nouveau président. Cinq jours après qu’ils aient voté en masse à travers le pays, la commission électorale indépendant a annoncé ce samedi matin la victoire d’Uhuru Kenyatta, qui devient ainsi le quatrième président du pays, 50 ans après que son père Jomo Kenyatta, père de l’indépendance, ait pris ses fonctions.

Le taux de participation au scrutin a atteint des taux record avec 86% parmi les 14,3 millions d’électeurs. Le vice-Premier ministre sortant, lui, l’emporte avec 50,03% des voix selon le décompte des circonscriptions. Un vote historique puisqu’il s’agit des premières élections présidentielles depuis la mise en place de la nouvelle Constitution en 2010.

Kenyatta, dont le prénom signifie « liberté » en swahili a quant à lui obtenu précisément 6.173.433 des voix sur un total de 12.338.667 des suffrages exprimés. Son principal adversaire, Raila Odinga, a lui obtenu 42,28% des voix.

Crainte de nouvelles violences

Le pays vit dans la crainte que ces résultats serrés soient susceptibles de déclencher une certaine tension entre la coalition du Jubilé de Kenyatta et l’alliance CORD d’Odinga. Raila Odinga a lui d’ors et déjà annoncé ce samedi qu’il allait contester en justice sa défaite à la présidentielle, dénonçant des fraudes massives, appelant toutefois au calme. Selon lui, « la violence maintenant pourrait détruire ce pays pour toujours.» Le camp du premier ministre sortant avait en effet déjà dénoncé des fraudes à mi-chemin du scrutin, réclamant que le dépouillement des votes soit immédiatement arrêté.

Pour le moment, dans ses fiefs, comme la ville de Kisumu, qui a été durement touchée, par les violences ethniques au cours des élections de 2007, les tensions semblent s’être apaisées.

De leur côté, les observateurs internationaux ont constaté que les élections se sont globalement déroulées dans la transparence malgré quelques irrégularités.

Dilemme diplomatique

Kenyatta, 51 ans, est le premier chef d’Etat kényan à prendre le pouvoir, tout en étant accusé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale Internationale (CPI) basée à la Haye (CPI), aux pays-Bas.

Certains craignent que sa présidence mette en péril la relation du Kenya avec les Etats occidentaux. Il y a quelques semaines, les Etats-Unis avaient mis en garde le pays contre les «conséquences» d’un président comme Kenyatta au pouvoir. La Grande-Bretagne a également affirmé qu’elle n’entretiendrait qu’une relation minime avec le gouvernement kenyan si Kenyatta accède à la tête du pays.

Cependant, les gouvernements américain et britannique comptent beaucoup sur le Kenya comme allié clé dans la lutte contre le terrorisme dans la région. Le pays a en effet jusqu’à ce jour joué un rôle prépondérant dans la battaille contre les rebelles du shebab en Somalie. La stabilité du Kenya est cruciale pour la région et la croissance économique du continent.

A ce jour, Kenyatta est accusé par la CPI d’avoir entretenu la violence intra-communautaire après l’élection présidentielle de 2007 qui a provoqué la mort de plus de 1.000 personnes et causé plus de 600.000 déplacés. Son bras droit, William Ruto, est également confronté aux mêmes accusations. Il est convoqué pour une audition à la Haye le 28 mai prochain.

Le nouveau dirigeant kényan est donc face à un sérieux dilemme diplomatique. Comment compte-t-il procéder lorsqu’il sera convoqué lui aussi pour des auditions à La Haye? Comment va-t-il collaborer avec la justice internationale pour que les responsables des violences post-électorales dans son pays soient
jugés et condamnés alors que lui même est inculpé ? Tant de questions qui restent pour le moment en suspend.

En attendant, les Kényans, eux, ont hâte de retrouver une vie normale après ces derniers jours très tendus.