Présidentielle au Ghana : les enjeux pour le pays et la sous-région

Le 7 décembre, les Ghanéens iront aux urnes pour élire un nouveau président, cinq mois après la mort du président en exercice, John Evans Atta Mills, seulement quelques mois avant la fin de son mandat. Ce sera la 6e fois depuis l’instauration du pluralisme politique en 1992 que sont organisées des élections démocratiques dans le pays.

(De notre correspondant)

Tout de même, les présentes élections générales c’est-à-dire à la fois une élection présidentielle et des élections législatives revêtent un caractère inédit, en ce qui concerne l’élection présidentielle. En effet, c’est pour la première fois qu’un vice-président désigné président par intérim par la Constitution est candidat, pour légitimer son pouvoir par le peuple, au suffrage universel direct. En face de lui, le leader de l’opposition, redoutable challenger en 2008 du président défunt.

De part et d’autre, chacun des deux principaux candidats peut s’appuyer ne serait-ce que sur la caution politique et morale de deux anciens présidents. Le président-candidat conserve toujours son très populaire ancien président, John Jerry Rawlings, même s’il s’est montré très réservé au cours de la présente campagne présidentielle, tandis que le candidat de l’opposition peut compter sur la disponibilité de l’ancien président, John Kufor.

Mais au-delà, l’élection présidentielle du 7 décembre a valeur de test démocratique décisif pour ce pays stable et prospère. Si jusqu’à présent l’alternance au pouvoir s’est opérée sans heurts entre le National Democratic Congress (NDC) et le New Patriotic Party (le NPP), cette démocratie exemplaire a failli sombrer dans le chaos il y a quatre ans, lorsque le candidat du pouvoir qui finissait ses deux mandats constitutionnels, battu, après trois tours d’un scrutin très serré, avait refusé d’admettre sa défaite.

Quatre ans après, le même opposant, après avoir obtenu la seconde investiture de son parti, joue sa dernière carte sur l’échiquier politique de son pays. Agé de 68 ans, s’il perd la présidentielle, il n’aura plus aucune chance de porter les couleurs du NPP en 2016. De plus, son âge avancé l’en empêcherait. Pour toutes ces raisons, il n’entend pas laisser le parti au pouvoir exercer un second mandat, comme tous les prédécesseurs de l’actuel président ont pu le faire.

A cet effet, pour rappel, le Président John Jerry Rawlings, outre la période de son « pouvoir révolutionnaire » de 1979 à 1992, a exercé le pouvoir sous le régime de démocratie de 1992 à 2000, le Président John Kufor de 2000 à 2008, le Président John Evans Atta Mills de décembre 2008 à juillet 2012, date de sa disparition.

Avec un tel enjeu, avec la soif du pouvoir clairement exprimée par le candidat de l’opposition, Nana Akufo-Addo, la tension dans les principaux fiefs politiques des deux grands candidats est perceptible en ces derniers jours d’une campagne électorale qui aura tenu toutes ses promesses. Les six autres candidats n’auront finalement pas pesé au cours de cette campagne présidentielle.

Dans une Afrique de l’ouest qui n’est pas à l’abri des remises en cause des processus démocratiques, comme le confirme le putsch militaire au Mali du 22 mars dernier, le Ghana se doit de réussir ses élections générales. Ce serait alors un signal positif très fort lancé à l’endroit de tous les Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui s’emploie depuis des mois à rétablir l’ordre constitutionnel au Mali, de même que l’intégrité territoriale du pays.

Par Fritzell Sintondji