Premier Sommet Chine Afrique

Le samedi 4 novembre commence à Pékin le Premier Sommet Chine Afrique, le symbole du formidable essor de ce nouvel axe commercial majeur…

Plus de 40 pays africains représentés, 24 chefs d’Etat présents à Pékin, le premier Sommet Chine Afrique qui s’ouvre samedi 4 novembre 2006 dans la capitale chinoise marque un tournant dans les relations diplomatiques et économiques de l’Afrique.

Perceptible depuis plusieurs années, la croissance très rapide du volume des échanges de l’Afrique avec la nouvelle superpuissance mondiale que constitue la Chine prend désormais un tour plus politique… Manière pour Pékin de marquer explicitement son nouveau rôle international? Manière surtout de donner plus d’ampleur et d’emphase à une envolée des échanges qui profite clairement aux deux partenaires.

Hypocrisies occidentales

Car les médias occidentaux ont beau jeu de dénoncer le fait que les investisseurs chinois soient peu regardants sur la nature des régimes politiques que leur financements peuvent contribuer à soutenir. Il faudrait encore que les Pays européens puissent se targuer d’avoir été exemplaires, et de n’avoir jamais soutenu voire promu des dirigeants politiques qui favorisaient leurs entreprises… Une telle assertion soulèverait des tempêtes de rires dans de nombreux pays africains, où l’influence occidentale a souvent été perçue comme le premier pilier qui soutient les chefs d’état corrompus… Peu regardants sur le pillage organisé des richesses de leur pays…

La Chine investit l’Afrique, mais garde plus de décence, jusque là, dans l’exploitation de ses ressources : les entreprises chinoises rafflent certes les appels d’offre du bâtiment et des travaux publics, mais c’est tout simplement qu’elles proposent des prix moins élevés, pour des prestations de même qualité, réalisées en temps records.

Partenariat gagnant-gagnant

Dans un livre blanc publié au début de l’année, la République populaire de Chine pose les principes de son action dans cette région du monde : « La Chine oeuvre à établir et à développer un nouveau type de partenariat stratégique marqué par l’égalité et la confiance mutuelle sur le plan politique, la coopération dans un esprit gagnant-gagnant sur le plan économique. »

La coopération gagnant-gagnant : des prestations de qualité réalisées en Afrique pour des prix bien inférieurs à ceux que pratiquent les entreprises européennes, sans volonté d’ingérence dans les affaires politiques africaines, en laissant aux Etats leur pleine souveraineté… Comment le succès ne serait-il pas au rendez-vous!

La litanie des visites officielles et des contrats remportés…

Au début de l’année, le ministre des Affaires étrangères Li Zhaoxing est passé au Cap-Vert, au Sénégal, au Mali, au Liberia, au Nigeria et en Libye. A Monrovia, il s’est payé le luxe d’offrir, en pleine zone d’influence américaine, 25 millions de dollars pour la reconstruction du pays saigné par une longue guerre civile… En avril, le président Hu Jintao a rendu une visite officielle au Maroc, au Nigeria et au Kenya. A Lagos, en échange de plusieurs licences d’exploitation pétrolière, il a offert 4 milliards de dollars pour améliorer les infrastructures. A Nairobi, il a obtenu des droits d’exploitation pétrolière dans l’océan Indien, et apporté 7,5 millions de dollars d’aide et de prêts pour la lutte contre la malaria, pour le développement de la riziculture et la construction d’un grand stade. En juin, le premier ministre Wen Jiabao a accompli une grande tournée en Egypte, au Ghana, au Congo Brazzaville, en Angola, en Afrique du Sud et en Tanzanie. En Angola, c’est sans surprise le pétrole qui l’intéressait principalement…

Ainsi le sommet qui s’ouvre n’est que la partie émergée d’un déferlement économique et commercial qui ne fait que commencer, et qui ébranlera probablement dans les années qui viennent les équilibres géostratégiques africains. Il est un peu tôt pour dire si les peuples d’Afrique en profiteront. Mais on peut déjà affirmer que dans le grand Monopoly planétaire, les cartes sont actuellement rebrassées…