Pourquoi investir au Mali ?

Ousmane Thiam, le ministre malien de la Promotion des investissements des petites et des moyennes entreprises, fait le point, à l’occasion de la 3e journée de promotion économique du Mali à Paris. Un aperçu clair et détaillé sur le paysage économique du pays. Interview.

« Le Mali est devenu un bon risque pour les investisseurs ». Tel était, jeudi, le thème de la 3e journée de promotion économique du Mali à Paris. Opération séduction donc pour les autorités maliennes pour venues présenter les atouts concurrentiels du pays aux opérateurs économiques de l’Hexagone. Ousmane Thiam, le ministre malien de la Promotion des investissements des petites et des moyennes entreprises, venu à la tête d’une importante délégation, estime que l’événement est un plein succès. Porte-parole du gouvernement, il a accordé à Afrik un long et très instructif entretien pour expliquer les arguments clés du Mali d’aujourd’hui.

Afrik.com : Quel bilan tirez-vous de cette 3e journée de promotion économique du Mali à Paris ?

Ousmane Thiam :
Un bilan extrêmement positif. Nous avons près d’une soixantaine de chefs d’entreprise maliens crédibles, puisqu’ils ont pu bénéficier sans problème de visas de l’ambassade de France, qui ont fait le déplacement à leurs frais. Nous avons eu plus d’une centaine d’opérateurs économiques français qui ont participé à l’événement. Plus de 220 contacts d’affaires ont été noués pendant cette journée.

Afrik.com : Pourquoi investir au Mali plutôt qu’ailleurs ?

Ousmane Thiam :
Nous venons de revoir notre code d’investissement qui est jugé révolutionnaire et dont l’attractivité est reconnue par les acteurs économiques autant maliens qu’étrangers. Nous avons, par exemple, fait un bel effort en matière de droits de douane. Si quelqu’un veut s’installer au Mali dans un domaine productif, le matériel d’équipement qu’il voudra installer est désormais exonéré de droits de douane. Il faut bien compenser ce qu’on appelle la continentalité du Mali par rapport à un pays côtier, comme la Côte d’Ivoire. Nous avons également beaucoup agi sur le climat des affaires, c’est à dire les procédures administratives de création d’entreprise. Aucun pays n’y échappe et chacun essaie de réduire au maximum ses lourdeurs bureaucratiques. Chez nous l’existence d’un guichet unique fait que vous avez un interlocuteur unique sur un lieu précis de toute l’administration malienne nécessaire à la création d’entreprise. Et puis il y a ce qui n’est pas écrit : une situation politique particulièrement apaisée, une bonne démocratisation et une bonne gouvernance, qui est en réalité notre meilleur argumentaire de vente. Au-delà de tout cela, et c’est la cerise sur le gâteau, il y a au Mali un climat d’hospitalité dont chacun peut bénéficier.

Afrik.com : Y a-t-il des exonérations d’impôts ?

Ousmane Thiam :
Absolument, les investisseurs sont exonérés d’impôt sur le bénéfice pendant les 8 premières années de leur activité. Et s’ils utilisent des matières premières locales, tel que le coton, les fruits et légume, ils bénéficient de trois ans d’exonération supplémentaires.

Afrik.com : Au-delà des avantages fiscaux et des facilités administratives, les investisseurs étrangers apportent une grande importance aux moyens de communication. Où en est le Mali à ce niveau ?

Ousmane Thiam :
Toute la vision des nouvelles autorités du Mali est de transformer la continentalité du pays en avantage. Nous avons sept frontières, donc sept points de communication avec sept autres pays. Les événements malheureux de la Côte d’Ivoire, qui représentait 60% de nos échanges, nous ont contraints à reformuler notre vision du Mali. Dans les jours ou les semaines à venir Bamako-Conakry (Guinée, ndlr) se fera très naturellement par la route. Idem pour Bamako-Dakar (Sénégal, ndlr), par route et par chemin de fer. Vous pourrez bientôt faire Bamako- Nouakchott (Mauritanie) et bien entendu Bamako- le Burkina Faso. Le chef de l’Etat devrait inaugurer la semaine prochaine la route qui conduit de Bamako à Gao et va jusqu’à Niamey (Niger, ndlr). Cette vision nous a été imposée par les circonstances, mais car cela nous a permis d’opérer un désenclavement extérieur. Nous avons également réalisé un désenclavement intérieur des postes de production et de consommation qui n’étaient pas reliées.

Afrik.com : Il n’y a pas que les aspects routiers en matière de moyens de communication mais aussi les transports aériens et les télécoms.

Ousmane Thiam :
Bamako est devenu un hub naturel pour l’ensemble des compagnies aériennes régionales et internationales. Air France et Air Mauritanie ont 1 fréquence quotidienne sur Bamako, Tunis Air est passé de 3 à 4 fréquences hebdomadaires, Air Algérie a 3 fréquences hebdomadaires, tout comme la Royal Air Maroc ou Afriqiyah (Libye, ndlr) … Quant aux télécommunications, nous avons développé de très grandes capacités à partir de la fibre optique pour pouvoir désenclaver le pays. Il n’y aura pas d’industrialisation sans un accès facile à l’Internet haut débit. Je suis allé visiter hier (jeudi, ndlr) une entreprise qui va installer un centre d’appels à Bamako qui aura pour vocation de traiter l’ensemble des appels du corps médical français. Les tests se sont révélés tout à fait concluants. L’usager appellera son médecin en France et c’est à Bamako qu’on va décrocher.

Afrik.com : Quel regard portez-vous sur l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) ?

Ousmane Thiam :
Il y aura une conférence des ministres africains sur l’Ohada, la semaine prochaine à Bamako et nous aurons l’occasion de faire un bilan d’étape. L’Ohada a été un instrument formidable car il a contribué à une remise à niveau de nos législations. Cela a été une contrainte qui nous a amenés à prendre conscience que nous ne vivons pas dans un monde clos et que nous ne pouvons nous contenter d’une juridiction exotique, mais qu’il faut avoir des règles de gestion qui soient celles du monde entier. Il y a toutefois des critères qui ne sont pas favorables à nos pays dont nous allons discuter avec nos partenaires. Comme, par exemple, le capital minimum pour créer une entreprise qui ne peut être le même dans les pays développés que dans les pays en développement. Ce qui fait que les entreprises n’ont pas les moyens d’être formellement constitués et sont donc contraintes à l’informel.

Afrik.com : L’informel constitue 80% de l’économie sénégalaise. Le Mali connaît-il une situation similaire ?

Ousmane Thiam :
Les statistiques sont très fragiles dans ce domaine, mais je pense que les proportions sont similaires. A la faveur d’une récente enquête, nous nous sommes rendus compte que ce qui était qualifié d’informel a peut être plus d’impact sur la création d’emplois et de richesses que l’économie formelle. Nous allons donc mener une nouvelle réflexion sur comment formaliser cet important secteur économique pour le faire glisser vers le secteur formel.

Afrik.com : Le Mali est le premier pays producteur de coton en Afrique. Quelle est votre position sur l’éternel débat sur les subventions agricoles américaines et européennes ?

Ousmane Thiam :
Les subventions instaurées, à cause d’une poignée de cotonculteurs, par quelques pays européens et les Etats-Unis, ruinent au moins 15 millions de cotonculteurs africains. C’est tout simplement un scandale international. Les pays du continent, à travers les ministres du Commerce, ont fait un formidable travail ces dernières années. Je pense que la question des subventions va être définitivement réglée et qu’on fera une avancée majeure dans le domaine à la prochaine conférence de l’Organisation mondiale du commerce. Mais le problème des subventions restera d’actualité tant que nous ne transformerons pas notre coton. Nous ne transformons qu’un pourcent de notre production. L’enjeu, et c’est mon combat, est de créer de la valeur ajoutée, en créant des filatures, des usines de tissage… C’est à ce prix que nous pourrons nous soustraire à l’emprise des pays internationaux.

Afrik.com : Quel est l’impact l’African growth opportunity act (Agoa), (exonérations douanières pour certains produits africains exportés aux Etats-Unis) sur le Mali ?

Ousmane Thiam :
Soyons clair, l’Agoa est un instrument formidable, mais théorique et parcellaire pour l’Afrique. Plus de 85% des produits qui ont bénéficié de l’Agoa sont des produits pétroliers. Donc des produits dont les Etats-Unis ont stratégiquement besoin. Ceci dit l’Agoa représente une réelle opportunité. Le Mali est éligible, mais n’en bénéficie pas au niveau du coton parce qu’il faudrait que l’on puisse transformer notre matière première pour expédier des articles.

Afrik.com : Les normes de qualité constituent un enjeu important en matière de commerce international. Toujours établies par les pays de Nord, ne constituent-elles pas des barrières douanières non tarifaires ?

Ousmane Thiam :
C’est un couteau à double tranchant. Les normes de qualité sont une bonne chose parce qu’elles imposent à nos industriels de s’adapter aux rigueurs du marché, ce à quoi ils rechignent souvent. On ne peut pas accepter, par exemple, que la taille 46 d’une chaussure soit fluctuante. Les normes sont d’autant plus importantes quand elles sont sanitaires. Je suis contre les opérateurs économiques qui voudraient faire de tout cela un prétexte pour ne pas être aux normes eux-mêmes. Cependant, il arrive que ces questions de normes soient utilisées pour ériger une barrière au commerce et là je ne suis pas d’accord non plus.

Afrik.com : On parle de plus en plus de l’or du Mali. Quelles sont les ambitions du pays en la matière ?

Ousmane Thiam :
Le Mali est le troisième producteur d’or d’Afrique après l’Afrique du Sud et le Ghana que nous talonnons. Et je ne vous cache pas que nous avons bon espoir de reprendre la deuxième place et peut être de devenir leader du continent. Parce que les mines sud-africaines sont des mines à galeries très profondes, alors qu’au Mali l’exploitation se fait à ciel ouvert. Cela nous laisse donc de bonnes perspectives. Le Mali est en train de s’installer dans le cadre de découverte régulière de mines d’or. Nous allons, à ce propos, inaugurer tout prochainement une nouvelle mine, celle de Loulo, de catégorie mondiale et qui sera exploitée par la compagnie sud-africaine Randgold.

Afrik.com : Existe-t-il des garde-fous pour que le Mali profite réellement de la manne financière de ses ressources minières, exploitées par des sociétés ou des groupes étrangers ?

Ousmane Thiam :
Le Président (Amadou Toumani Touré, ndlr) a souhaité que l’or du Mali brille pour tous les Maliens. C’est-à-dire qu’il ne faudrait pas que le pays soit statistiquement classé comme un grand pays producteur d’or et qu’il n’y ait aucun impact sur l’économie malienne. Le chef de l’Etat a demandé au gouvernement de voir, à travers la création de fonds miniers, comment on peut prélever des ressources sur les richesses minières afin que les conditions de vie des populations riveraines des exploitations s’améliorent. Il faut qu’elles puissent bénéficier de l’eau, de l’électricité, d’un habitat décent et de créations d’emploi dans des conditions environnementales saines. Parce que lorsque les miniers se retirent ils laissent parfois derrière eux un paysage de désolation avec des produits tout à fait toxiques pour l’environnement, comme le mercure.

Afrik.com : Quelle est la politique de votre ministère par rapport aux Maliens de l’extérieur, qui constituent une des plus importantes mannes financières du pays ?

Ousmane Thiam :
J’ai passé hier (jeudi) une partie de la journée avec les Maliens de l’extérieur pour voir comment on pouvait optimiser les transferts de flux financiers entre la diaspora et le pays d’origine. Nous sommes en train de penser à un certain nombre d’instruments financiers pour améliorer les choses. Il y a des programmes institutionnels réalisés avec la France dans le cadre du co-développement qui sont efficaces. Tout comme la coopération décentralisée, qui s’occupe beaucoup d’infrastructures. Mais tant qu’on ne passera pas à une motivation de projets individuels portés par des promoteurs privés de la diaspora, le retour des hommes et des capitaux ne se fera pas dans de bonnes conditions.

Afrik.com : Les enfants de la troisième ou de la quatrième génération ne constituent-ils pas une autre problématique quant aux Maliens de l’extérieur ?

Ousmane Thiam :
L’enfant de la 3e génération n’a pas la même histoire que son grand-père. Il est français autant qu’il est malien. Il peut aspirer à avoir une activité économique dans le pays où il vit. Or souvent aucune ou peu d’institutions financières ne l’aideront à financer son projet. Quand vous regardez, en France, le petit commerce de la diaspora noire, on s’aperçoit que les produits qu’elle vendait à l’époque le sont désormais pas les Chinois. Tant que les générations actuelles de la diaspora noire ne maîtriseront pas les instruments financiers qui leur permettrent de développer leurs propres projets ici, ils ne pourront pas s’investir dans le pays de leur grand-père. Quelqu’un d’épanoui s’intègrera mieux à la vie de la cité et envisagera peut-être un meilleur projet pour retourner dans son pays d’origine. Nous sommes, à ce propos, en train de discuter d’un vaste projet d’instruments financiers qu’il est aujourd’hui prématuré d’annoncer…