Pour une monnaie commune ouest africaine

Faut-il que le Franc CFA s’affranchisse de sa parité fixe avec l’Euro ? Selon Moustapha Kassé, ancien doyen de la Faculté des Sciences économique de Dakar, l’arrimage de la monnaie africaine à la monnaie européenne, suite à la disparition du Franc français, rend les économies africaines plus dépendantes de la conjoncture internationale.

Au moment de l’arrimage du F CFA à l’Euro, deux scénarios étaient possibles : celui du rattachement du F CFA à l’Euro, qui aurait permis un flottement des taux de change, et celui du compte d’opération articulé par un taux de change fixe. C’est ce deuxième scénario qui a été retenu par les décideurs. Selon le professeur Moustapha Kassé, ancien doyen de la Faculté des Sciences économique de Dakar, la stabilité peut avoir un coût. Autant l’absence de rigidité pouvait permettre à notre économie d’être compétitive mais avec un ajustement en permanence de la balance des paiements, autant la stabilité, grâce à un taux de change fixe, peut s’avérer aliénante.

Certes, la stabilité du taux de change rassure les acteurs et avec l’arrimage à l’Euro cette stabilité est préservée. Mais l’Euro est une composante du système monétaire international qui connaît des fluctuations. Pour le professeur Kassé, le problème majeur réside dans le mouvement du dollar, principale devise en concurrence avec l’Euro.  » Lorsque le dollar est faible, l’Euro s’apprécie par rapport au dollar et le CFA s’apprécie en fonction de la situation de l’Euro. La conséquence se ressent au niveau du commerce mondial. Le F CFA étant arrimé à l’Euro, nos économies subissent à leur tour les contre-coups de la fluctuation du dollar, principale monnaie d’échange dans le monde. En plus, la zone CFA n’est pas tellement tournée vers le dollar alors que les matières premières (exportées ou importées) sont le plus souvent libellées dans cette monnaie « .

S’affranchir de l’euro

Au moment du plus fort de la crise ivoirienne, on a beaucoup parlé de dévaluation du fait que ce pays est considéré comme la locomotive de l’Uemoa (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine). Le maintien des liens avec l’Euro permet un financement des déficits que nous n’aurons pas à modifier. Le contrôle du déficit permet de respecter les critères de convergence. Pour Moustapha Kassé, nous avons un ensemble de mécanismes qui permet une péréquation. La situation monétaire ne s’est pas détériorée malgré les chocs extérieurs que nous avons subis. Les indicateurs, à défaut de s’améliorer, se maintiennent.

Pourquoi alors nos économies ne tirent pas profit de cette stabilité ? Selon le professeur, cette situation est due aux problèmes des échanges entre les pays de la zone franc et l’Union Européenne d’une part et, d’autre part, par la faiblesse des échanges intra-régionaux. Il y a un détournement de trafic en faveur de l’Europe et le flux commercial demeure très faible avec les autres pays hors zone franc.  » Si notre économie reste toujours déficitaire, nous ne pourrons plus maintenir le même taux de change, estime-t-il. Au bout du compte, l’une des meilleures solutions est de créer une monnaie ouest-africaine. Il nous faut soit déconnecter le F CFA de l’Euro, soit faire disparaître la zone franc, ou la réaménager.  »

Bartélémy Sène