Pour Sassou N’Guesso, une amnistie de Pascal Lissouba est envisageable

Une mesure d’amnistie en faveur de l’ancien chef de l’Etat congolais Pascal Lissouba, exilé en Europe et condamné par contumace à 30 ans de travaux forcés, est parfaitement envisageable, déclare l’actuel président Dénis Sassou N’Guesso lors d’un entretien accordé à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » à paraître lundi. « (…) Une amnistie pourquoi pas. Ce n’est pas un problème pour moi et ce n’est pas ce qui empêchera les Congolais de dormir », affirme M. Sassou N’Guesso, en soulignant la fragilité de l’état de santé de son prédécesseur à la tête du Congo.

Elu démocratiquement en août 1992, Pascal Lissouba a été renversé le 15 octobre 1997 par les forces du général Sassou N’Guesso, appuyées par les forces supplétives de l’armée angolaise et une colonne des forces d’élite de l’armée tchadienne, au terme d’une guerre civile.

Poursuivi pour haute trahison et détournement de fonds, M. Lissouba a été par la suite condamné par contumace le 28 décembre 2001 à 30 ans de travaux forcés et à payer une amende de 25 milliards de francs CFA par la Haute cour de Brazzaville.

« Mais, on me dit qu’il [Pascal Lissouba] est malade. Dans ce cas, sa place, raisonnablement, est sans doute plus à Paris qu’à Brazzaville », estime le président Sassou N’Guesso, en passant en revue dans le long entretien accordé à « Jeune Afrique » plusieurs questions dont « la Françafrique », la gestion des revenus pétroliers, sa candidature en 2009 et ses rapports avec l’opposition.

« Après tout, nous avons laissé à M. Lissouba la jouissance de son hôtel particulier de la rue de Prony dans le 17ème arrondissement de Paris, auquel les ONG, curieusement, ne s’intéressent pas », a regretté le président congolais.

Selon lui, tous les opposants congolais, à l’exception de trois d’entre eux frappés par des décisions de justice, sont libres de revenir au pays.

« Je connais d’anciens dirigeants congolais vivant en exil en France, avec statut de réfugiés, qui viennent régulièrement à Brazzaville pour y toucher leur pension. Afin de ne pas perdre leur précieux statut et les avantages qui vont avec, ils prennent soin de se rendre d’abord à Cotonou ou Kinshasa », a martelé M. Sassou N’Guesso.

« En réalité, à part l’ancien président Pascal Lissouba et les ex- ministres Moungounga Nguila et Benoît Koukebene, à qui la justice a des choses à reprocher, tous sont libres de revenir. Cela a été dit dix mille fois », a-t-il réaffirmé.

Nguila Kombo Moungounga et Benoît Koukebene, respectivement ancien ministre des Finances et du Pétrole sous Pascal Lissouba, ont été condamnés par contumace chacun à 20 ans de travaux forcés et une amende de 11 milliards de francs CFA pour le même chef d’accusation que l’ex-président.

S’exprimant, par ailleurs, sur l’expérience démocratique de son pays, le président Sassou N’Guesso s’est prononcé pour la limitation du nombre des partis politiques au Congo.

« Quand un pays de 4 millions d’habitants compte près de deux cents partis politiques, c’est qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Je crois, moi, que trois ou quatre grands partis suffiraient pour l’expression ordonnée du jeu démocratique », a-t-il encore déclaré.