Pour Dadis sonne le glas

La junte menée par le capitaine Dadis Camara a révélé son vrai visage
: celui d’une bande de militaires assoiffés de pouvoir et dépourvus de
toute capacité gestionnaire. Livrée au bon vouloir d’une soldatesque
incompétente et ignare, la Guinée traverse une crise sans précédent.

Le règne de l’impunité s’est imposé depuis que le défunt chef de
l’Etat a poussé le cynisme jusqu’à libérer un homme d’affaires et son
associé d’une prison ou il était incarcéré. Pareil déni de justice
avait précipité une grève générale, dont l’expression du
mécontentement faillit mettre un terme au règne du Général-Président
Lansana Conté.

La loyauté des forces de sécurité ignorait le concept de République et
était essentiellement tournée vers un vieil homme malade. Volés par
leurs généraux et leurs officiers, les soldats n’étaient pas
satisfaits des avantages dont ils bénéficiaient et nourrissaient un
sourd mécontentement à l’endroit de leur hiérarchie.

Indiscipline, népotisme, corruption, violation des droits de l’homme,
pillage de la population à la petite semaine … l’armée est malade
depuis plusieurs années d’un cancer qui a gangrené la société
guinéenne. Cette dernière, pacifique, se retrouve dépourvue face au
déchainement inouï de violence et de barbarie survenu pour interrompre
un meeting politique dans un stade.

Le calendrier politique s’est accéléré dès que les civils ont rappelé
à la junte ses promesses. Le défi lancé à une figure de l’opposition
et le souhait de déplacer la mise en scène politique du CNDD vers
l’intérieur du pays ont conduit les dirigeants à tenir un meeting à
Labé, deuxième ville du pays.

La crédibilité du régime a été entachée par les manœuvres
d’intimidation et de corruption qui ont accompagné la préparation
d’une allocution du capitaine Camara dans un stade de province.
Rentrée à Conakry, après un bras-de-fer sans vainqueur, la junte a
décidé de montrer avec cynisme son refus de progresser vers la
transition démocratique.

En arguant de prétextes concernant la sécurité du meeting, elle a
dissuadé les opposants de se rassembler le 28 septembre 2009 à Conakry
sans parvenir à réduire le courage de leurs partisans. Le pire
massacre jamais commis en Guinée, les actes les plus révoltants et
indignes ont heurté la conscience d’un pays et de la communauté
internationale.

Dadis doit partir

Le temps du départ est arrivé. Les Ministres d’un gouvernement fantôme
prennent leurs responsabilités et quittent un navire en déroute. Les
enquêtes de la Cour Pénale Internationale débutent et les sanctions
d’Etats africains et occidentaux se précisent. Les annonces
ostentatoires d’un prétendu contrat signé avec une société Chinoise –
à la gouvernance d’entreprise aussi transparente que la junte est
respectueuse de ses engagements – sonnent le glas d’une junte qui n’a
su régler aucun des problèmes social ou économique de la Guinée.

Le peuple de Guinée exige le départ de la junte. La transition doit
suivre son cours. Les conquêtes de nos précédents combats doivent
servir notre irrésistible marche pour recouvrer notre indépendance.
Radios libres, CENI digne de son nom, structures décentralisées …
doivent reléguer aux oubliettes de l’histoire la collusion entre
pouvoir civil et forces de sécurité, la non-séparation des pouvoirs
exécutif, judiciaire et législatif et le règne d’un parti-Etat
s’appropriant l’administration pour son bon plaisir et ses combines
lucratives.

Pour ce faire, justice doit être faite aux innocentes victimes de la
barbarie d’une soldatesque sans repère ni discipline. Une force
d’interposition civile et militaire doit garantir l’installation d’un
gouvernement civil de transition. Dotée d’un mandat de 18 mois, elle
prémunira un gouvernement d’union nationale de tout risque de coup de
force et accompagnera la finalisation des scrutins qui permettront une
transition.

Enfin, la nomination d’un envoyé spécial du Secrétaire Général des
Nations Unies doit couronner la solidarité de la communauté
internationale. Doté d’une équipe et d’un budget conséquent, il doit
apporter sa crédibilité et son sens politique au service d’une
transition pacifique et efficiente – dont le succès bénéficiera à la
Guinée et à l’Afrique de l’ouest.