Bénin : Pop ou quand la couture se fait intemporelle


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André O. Fagbohoun alias Pop
André O. Fagbohoun alias Pop

Une chemise noire rayée de blanc, les yeux plissés et les mains occupées à découper un tissu blanc. Le sexagénaire a sa tête, dégarnie de cheveux du fait d’une calvitie, plongée dans son travail quand nous entrons dans son atelier situé en plein cœur de Porto-Novo, capitale du Bénin. Quand il lève le regard pour nous accueillir, c’est avec un sourire chaleureux et des yeux pétillants d’intelligence. Il sonnait 13 heures et 15 minutes.

L’homme nous fait une petite blague qui donne le ton de nos échanges. « Vous êtes en retard de quelques minutes », nous lance-t-il entre une quinte de toux et rires jovial et gras. Son nom ? Pop. Il est couturier, mais un couturier pas comme les autres. Allons à sa découverte.

« J’étais prédestiné aux métiers de l’art… »

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A l’état-civil André O. Fagbohoun, Pop est né vers 1952 à Porto-Novo. Il doit son nom commercial, Pop couture, à certains de ses clients en raison de la qualité de ses prestations. Après ses études primaires en 1966, il commence le collège, mais comprend très vite qu’il a

un avenir prometteur dans le domaine des arts. Avec l’accord de ses parents, il se lance dans l’apprentissage de la couture auprès d’un couturier béninois formé en France. Au bout de quelques années, il termine son cycle formatif et ouvre son propre atelier, en 1973. C’est là que commence la grande aventure de l’homme qui totalise aujourd’hui 46 ans de carrière.

« J’essaie de me ménager pour répondre aux besoins de tous les clients qui viennent à moi »

Sur la liste de ses clients qui se comptent par milliers, on distingue des hommes et femmes de tous les rangs et de tous âges. Hommes politiques, administratifs de hauts rangs, propriétaires de commerces, artisans, étudiants, etc., se croisent dans les ateliers du sexagénaire. Mais comment parvient-on à réaliser des coutures pour des jeunes du 21e siècle quand on a soi-même été formé au 20e siècle ?

Un parcours glorieux et des récompenses à la clé

Pop 3Sur la question, Pop nous explique que tout part de la formation. « Lorsque vous recevez une formation de qualité, cela impulse en vous une certaine discipline. J’ai été formé par un patron qui a, lui-même, reçu sa formation en France, cela m’a fortifié », nous confie-t-il avant d’ajouter : « Chaque fois qu’il y a une séance de formation, de perfectionnement ou de recyclage, je m’y présente toujours pour mieux me cultiver et pour répondre aux aspirations de l’heure. C’est cela qui me renforce et me permets de maintenir le cap depuis 46 ans ».

Pop a à son actif de nombreuses récompenses et distinctions autant au plan national que régional. Il est d’ailleurs élu consulaire de la Chambre des métiers du Bénin.

68 ans et des projets pour l’avenir

Pour ses vieux jours, Pop, qui en est à sa 46e année de service, avait de nombreux projets. Le plus important était la création d’un grand centre d’apprentissage et de recyclage. Malheureusement, certaines dispositions administratives l’ont rendu inapte sur ce projet. En effet, aujourd’hui, pour créer un centre de ce type au Bénin, il faut être titulaire d’un Baccalauréat, explique le maître couturier dans un français limpide. « J’ai donc dû abandonner », conclu-t-il dans un soupir.

Le vieil homme ne se laisse toutefois pas démonter pour si peu. Il a un projet d’élevage qui lui tient à cœur et sur lequel il travaille actuellement parce qu’il compte bien prendre sa retraite bientôt.

« Avoir à cœur la qualité et se perfectionner, c’est cela mon secret »

Avant de nous séparer, le grand couturier a laissé cette phrase pleine de sagesse aux plus jeunes : « Avoir à cœur la qualité et se perfectionner au quotidien, c’est cela mon secret. Il n’y a pas de formule magique. Les jeunes devraient faire preuve de respect, d’humilité et apprendre continuellement ».

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