Pollueur-payeur

La filiale nigériane du géant du pétrole Exxon Mobil a été condamnée vendredi dernier à plus de 10 millions de dollars pour des dégâts causés en 1998 après la rupture de l’un de ses pipelines dans le sud du pays. C’est une première. Alors que Mobil Producing Nigeria Unlimited a décidé de faire appel, certaines associations écologistes regrettent que l’ardoise n’ait pas été plus salée.

La Haute cour fédérale du Nigeria a condamné, vendredi dernier, à plus de 10 millions de dollars d’amende Mobil Producing Nigeria Unlimited (MPN) pour les dommages causés par une fuite de brut en janvier 1998 dans l’Etat d’Akwa Ibom (extrême sud). Une décision que la filiale du géant pétrolier Exxon Mobil entend bien casser en appel. Certaines associations écologiques saluent le geste de la justice, qui condamne pour la première fois les erreurs de la firme. Elles estiment toutefois que la peine est dérisoire comparée au préjudice subi par les populations.

Le désastre s’est produit après une rupture de pipeline, qui, selon quelques défenseurs de la nature, était vétuste. « Le pétrole qui s’est échappé représente l’équivalent de 45 000 barils de brut », explique-t-on à MPN. L’Association écologique Environmental rights action (Era) porte de son côté ce chiffre à 100 000. Elle souligne par ailleurs que la catastrophe n’est pas restée confinée au seul Etat d’Akwa Ibom. « Par la suite, le pétrole s’est déplacé le long de la côte ouest. Les Etats de Rivers, Bayelsa, Delta et Lagos ont notamment été touchés », précise Douglas Oronto, directeur adjoint de l’Era.

Une amende décevante

« Je m’attendais à ce que la justice demande à MPN entre cinq et dix milliards de dollars », commente Douglas Oronto. Mais l’amende fixée par la Haute cour est bien suffisamment injuste selon la société condamnée. La firme pétrolière compte faire appel, estimant que le jugement ne tient pas compte des réalités observées sur le terrain. MPN conclut qu’après une étude menée conjointement avec le gouvernement, les « plaintes engagées par les communautés des Etats de Rivers et Bayelsa étaient infondées, car elles n’avaient pas été touchées », annonce MPN dans un communiqué. Et d’ajouter que dans la zone concernée, la fuite de pétrole « n’a affecté ni les populations ni l’environnement ».

Pourtant, les conséquences sur l’homme et la nature semblent indéniables. « Les habitants des zones concernées ont perdu leurs moyens de subsistance, commente Douglas Oronto. Les secteurs de l’agriculture et de la pêche ont été fortement touchés. Certaines personnes ont été intoxiquées par la pollution de l’eau ou par les vapeurs émanant du pétrole et ont dû être conduites à l’hôpital.»

Première condamnation pour pollution

Selon l’Era, c’est la première fois que la filiale d’Exxon Mobil est condamnée par la justice. Pourtant, les fuites de pétrole ont été nombreuses, même si elles ont été d’une moins grande ampleur, depuis l’implantation de la société dans le milieu des années 60. « En dix ans, il y en a eu près de 200 », estime le directeur adjoint de l’Era. Mais la puissance de la maison mère a découragé les poursuites judiciaires. « Les avocats de la firme font durer les procédures, à tel point que les victimes perdent tout leur argent. Elles n’ont plus la force de se battre et abandonnent le combat », poursuit-il.

L’homme qui a bravé le géant pétrolier s’appelle Licius Nwosu. « Un avocat tenace, bien déterminé à ne pas se laisser intimider », commente Douglas Oronto. Il vient de gagner la bataille et pourrait bien gagner la guerre. Selon le directeur adjoint de l’Era, si MPN – en charge de la preuve – base son recours sur la réfutation des plaintes qu’ils jugent fictives de certaines victimes, ils seront déboutés. « Elle ne pourra jamais prouver que ces personnes n’ont pas été affectées par la fuite de pétrole », conclut-il.