Polémiques autour de la péninsule de Bakassi

La péninsule de Bakassi doit revenir au Cameroun ce mercredi. Mais la décision de l’Organisation des Nations Unies, qui a statué aux dépends du Nigeria, pourrait être retardée. Le transfert de souveraineté du territoire aux eaux poissonneuses et potentiellement riche en pétrole promet d’être houleux, en raison de la vive opposition de responsables.

Bakassi camerounaise ou pas ? La péninsule doit revenir, mercredi, au Cameroun, en accord avec une décision prise par la Cour internationale de justice (CIJ) de la Haye. Le transfert de souveraineté, qui pourrait être retardé, promet dans tous les cas de se dérouler dans un contexte explosif. Plusieurs responsables du territoire, sous autorité du Nigeria et principalement originaire de ce pays, sont fermement opposées au changement de statut.

Retard possible du transfert de souveraineté

Les deux pays se disputent depuis une dizaine d’années plusieurs territoires situés sur leur frontière commune, longue de quelque 1 000 km. La CIJ a tranché le différend en créant une commission Cameroun-Nigeria chargée de régler les litiges pacifiquement. Elle a permis de transférer du Nigeria au Cameroun 33 villages et deux du Cameroun au Nigeria. Entre temps, la Cour a attribué au Cameroun, le 10 octobre 2002, la péninsule de Bakassi, aux eaux poissonneuses et potentiellement riche en pétrole.

Le changement de témoin devrait avoir lieu mercredi. Mais le processus risque de souffrir d’un contretemps dû à des problèmes logistiques. Ahmedou Ould-Abdallah, président de la commission Cameroun-Nigeria supervisant le transfert, a expliqué que « la souveraineté du Cameroun dans cette région n’est pas remise en cause, mais les opérations prévues pourraient être retardées du fait de difficultés techniques imprévues, et dans les prochains jours un nouveau calendrier sera rendu public par [son] bureau », rapporte Xinhuanet.

Certains promettent une guerre civile

Si le responsable onusien, qui est très optimiste pour la suite du processus, tient à préciser que la souveraineté n’est pas remise en cause, en dépit des déclarations de certains responsables régionaux. Ils auraient en effet rompu leur engagement de retirer leurs forces du territoire à la date du transfert. Le président du gouvernement local de Bakassi, Ani Eric Essen, a par ailleurs déclaré : « Nous n’allons pas céder un pouce de terre et nous n’allons pas devenir Camerounais du jour au lendemain », rapporte l’Agence France Presse.

En cas de transfert, certains menacent d’une guerre civile, avec les Nigerians, qu’ils estiment représenter 90% de la population. Plus pacifiques, quelques opposants au projet préféreraient que ce soit les habitants de Bakassi qui jugent par référendum de la souveraineté du territoire.

Le Président nigérian supporterait les dissidents

Les autorités nigérianes ne sont pas exprimées officiellement sur le sujet. Mais le Président Olusegun Obasanjo, qui avait accepté le verdict de la CIJ, aurait changé d’avis en cours de route. Selon le chef traditionnel de la communauté de pêcheurs de Bakassi Edet Okorode, le chef d’Etat « a dit qu’il ne céderait pas une parcelle de ce territoire ».

Devant tant d’animosité concernant sa décision, la CIJ reste de marbre. « La Cour a rendu son arrêt. Il est définitif et sans appel. Nous n’avons pas à intervenir sur le suivi de la décision. Cela concerne uniquement les parties en présence », explique-t-on chez l’instance judiciaire internationale. Si la page est tournée pour la CIJ, les choses sérieuses ne font que commencer sur le terrain.

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