Poissons et crocodiles d’Afrique…

L’exposition Poissons et crocodiles d’Afrique : des pharaons à nos jours prend possession de l’Aquarium de la Porte Dorée, à Paris, jusqu’au 31 décembre. Sacralisés sous l’ancienne Egypte, ces animaux aquatiques sont encore aujourd’hui vénérés en Afrique. Le musée propose au visiteur un voyage dépaysant, entre passé et présent, à la rencontre de ces espèces marines qui foisonnent dans les cours d’eau africains.

Par Louise Simondet

Faire découvrir la faune aquatique africaine et la mettre à portée du regard… C’est le pari réussi de l’exposition Poissons et crocodiles d’Afrique : des pharaons à nos jours, qui se déroule jusqu’au 31 décembre à l’Aquarium du Palais de la Porte Dorée, à Paris. Petits et grands pourront s’émerveiller devant les impressionnantes collections d’espèces marines proposées par le musée. « Pour l’exposition, nous avons considérablement augmenté le nombre de poissons africains dans les aquariums », souligne Michel Hignette, directeur de l’Aquarium. Poissons multicolores tout droit sortis du monde de Némo et crocodiles au regard angoissant venus de la Ferme de Pierrelatte, propulsent les visiteurs dans un univers tropical, à la rencontre de ce monde marin largement méconnu.

Une première à l’Aquarium : le public pourra découvrir les trois espèces de crocodiles qui peuplent les cours d’eau africains. Grâce à une mise en scène qui attire l’oeil, les amateurs de poissons sont invités à cheminer entre les aquariums et les vitrines vertes éclairées, qui rappellent les cabinets de curiosités d’autrefois. Œuvres d’art et poissons se côtoient. Mâchoires de crocodiles, fossiles de poissons, momies de « mammifères » marins, herbiers de poissons datant du XIXe, reconstitution d’un campement de pêche traditionnelle… Au gré de cette visite, on régale son regard tout en s’informant. Une déambulation qui balaye près de 5 000 ans d’histoire entre l’Afrique, l’homme… et les poissons.

Entre mythe et réalité

Depuis la naissance de l’Humanité, l’histoire des hommes et des poissons est liée, et plus spécialement en Afrique. Sacralisés depuis l’Egypte ancienne, poissons et crocodiles font toujours partie de la culture africaine. On retrouve ainsi ces animaux dans de très nombreux mythes. L’un des volets de cette exposition est dédié à la civilisation égyptienne. De nombreuses espèces de poisson y avaient le statut de divinité, comme le tilapia, le latès célébré dans la cité de la déesse Neith, ou encore l’oxyrhynque lié à la déesse Hathor. Et, sous les traits du dieu Sobek, le crocodile représentait l’une des divinités les plus importantes de l’ancienne Egypte. Poissons momifiés, sarcophages contenant des poissons et des crocodiles, l’exposition montre toute la place primordiale qu’ils occupaient dans la mythologie.

Ces légendes sont mises en perspective avec l’époque actuelle. Des panneaux informatifs révèlent que plusieurs espèces de poissons restent vénérées en Afrique. La pêche aussi fait toujours l’objet de rituels, comme le montrent des films diffusés dans l’enceinte de l’Aquarium . Dans certains lieux, il est même interdit de pêcher. « La pêche a une telle importance pour les populations africaines qu’elle est inscrite de manière indélébile dans la culture africaine », souligne Didier Paugy, hydrobiologiste, directeur de recherche à l’Institut de recherche et de développement (IRD). Si ces rites ancestraux tendent aujourd’hui à disparaître, on trouve toujours au Mali, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire des mares sacrées ou prolifèrent poissons ou crocodiles. Une sacralisation que l’on retrouve sur des objets de la vie quotidienne, présentés dans le musée. Poissons sculptés sur des tambours, masques de crocodile ou de poisson, marionnettes… ces œuvres sont juxtaposées à un campement traditionnel de pêche, reconstitué pour l’occasion.

L’exposition amène aussi à se questionner sur les problèmes écologiques auxquels sont confrontés certains lacs africains comme le lac Victoria. Sur ce continent, la pêche en eau douce produit environ deux millions de tonnes de poissons par an. A côté de cela, on prélève de plus en plus de poissons pour nourrir une population qui ne cesse de croître. Résultat, les ressources sont proches de la surexploitation. « Face à cette situation, on est amené à s’interroger sur les perspectives qu’offrent l’aquaculture », note Christian Levêque. L’élevage de poisson est marginal en Afrique, contrairement à l’Asie. « Des recherches sont faites, notamment par l’Institut de Recherche et de développement, pour sélectionner les espèces de poissons africains les plus adaptés à l’élevage et les moins chères à l’achat, explique-t-il. On ne peut que souhaiter une meilleure intégration de la pisciculture au développement du continent africain. »

 Exposition Poissons et crocodiles d’Afrique : des pharaons à nos jours

Jusqu’au 31 décembre 2006

Aquarium de la Porte Dorée

293, avenue Daumesnil – 75012 Paris – 01 44 74 85 01

Métro : Porte Dorée (ligne 8)

Horaires d’ouverture : tous les jours, sauf le mardi, de 10h00 à 17h15