Peut-on allaiter sans transmettre le sida ?

L’allaitement est la deuxième cause de transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance. Il existe quelques méthodes de prévention simples pour réduire considérablement les risques. Afrik fait le point à l’occasion de la Journée mondiale du sida de ce vendredi.

L’un des principaux défis dans la lutte contre le VIH/sida est de faire reculer la transmission du virus de la mère à l’enfant. Si 50% des transmissions se produisent à l’accouchement et entre 15% et 20% pendant la grossesse, 33% des infections surviennent au cours de l’allaitement, selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Des problèmes particulièrement criants en Afrique, qui compte la majorité des séropositives enceintes et des enfants atteints par le VIH. En ce qui concerne l’allaitement, les femmes sont confrontées à plusieurs dilemmes.

Allaiter, mais à certaines conditions

En apprenant leur séropositivité, elles se demandent si elles doivent allaiter ou préférer les laits de substitution maternels. La politique de l’Unicef et de ses partenaires (gouvernements, organisations non gouvernementales…) est de conseiller aux mères d’allaiter en prenant certaines précautions. Il faut que les mères s’assurent de la santé de leurs seins et surtout de leurs mamelons. Elles doivent soigner les crevasses, inflammations et autres lésions et vérifier, avant de donner le sein, que les muqueuses buccales de leur bébé sont intactes. Il est par ailleurs recommandé d’abaisser la durée de l’allaitement de deux ans à six mois, pour diviser par trois les chances de transmettre le VIH.

La Société pour les femmes contre le sida en Afrique donne les mêmes recommandations, estimant qu’il est préférable d’éviter l’allaitement. Car il aurait été difficile d’interdire cette tradition en Afrique, où donner le sein est quasiment sacré. « En Afrique, et particulièrement au Sénégal, on accorde beaucoup d’importance à l’allaitement, c’est très culturel. Les parents estiment que cela renforce les liens d’affection entre la mère et l’enfant et renforce un peu la santé de l’enfant. Si les mères travaillent, elles donnent le sein en rentrant et font donner du lait de substitution au bébé la journée », commente Rokhaya Nguer, secrétaire exécutive de la section sénégalaise de la Société pour les femmes contre le sida en Afrique.

Allaiter ou être stigmatisée

Du coup, une femme qui n’allaite pas est stigmatisée. « Des femmes décident donc de donner le sein en dépit des risques pour cacher leur séropositivité, poursuit l’anthropologue Rokhaya Nguer. Notre principale stratégie pour les aider est de leur dire qu’elles ont un problème de santé qui ne leur permet pas d’allaiter. Mais c’est toujours dur pour une femme de ne pas allaiter son enfant. » Une des solutions pour soulager les mères séropositives allaitantes serait donc de sensibiliser les populations pour que toutes les femmes, porteuses du virus ou non, ne soient plus stigmatisées.

D’autant que l’option du lait de substitution est réservée aux familles aisées, car le prix des substituts est bien souvent hors de portée des mères séropositives. Tant au niveau financier, que sanitaire. « Pendant les deux premiers mois, un nourrisson nourri artificiellement court six fois plus de risques qu’un bébé nourri au sein de succomber à la diarrhée ou à des infections, notamment respiratoires. En effet la mère risque d’utiliser de l’eau contaminée pour diluer le lait en poudre, ou les biberons peuvent ne pas être parfaitement propres », souligne l’Unicef.

En revanche, en plus des nutriments riches qu’il apporte, « il ressort de certaines études immunologiques que le lait maternel, notamment le lait de la mère séropositive, contient certains agents qui combattront directement les cellules contribuant à la transmission de l’infection par le VIH ». Toutefois, il faut prendre en considération le moment de la contamination de la mère, le risque de transmission est au plus fort après l’infection et au moment où la séropositivité fait place au sida.