Pêche tentaculaire

A l’approche de la saison des pluies, le prix du poulpe s’envole sur les marchés sénégalais. La production est pourtant abondante, mais le pays doit faire face à une importante demande, favorisée par l’absence des producteurs concurrents sur le secteur. Une situation qui attire les pêcheurs vers la Petite Côte.

Depuis plusieurs semaines, les plages de la Petite Côte sénégalaise sont envahies par les pêcheurs. Alors que le poisson se fait rare sur les marchés, c’est le poulpe qui a les faveurs de la demande intérieure et extérieure. Déjà près de 3 000 tonnes ont été exportées et les estimations de production tablent sur 6 000 tonnes pour 2002, deux fois plus que l’an dernier. Loin d’égaler l’exploitation record de 1999, qui a atteint les 40 000 tonnes, l’activité bat son plein en ce mois d’août, après trois ans de mauvaise pêche.

Jusqu’à 2 000 Fcfa le kilo

Aussitôt péchés, aussitôt vendus. La frénésie de la demande, à quelques mois de l’hivernage, a fait flamber les prix et toutes les qualités de marchandises sont rapidement écoulées. Les prix moyens varient entre 700 et 1 200 Fcfa le kilo, mais depuis la semaine dernière, le kilo de poulpe s’achète jusqu’à 2 000 Fcfa sur certaines plages. Ce qui favorise les prises illégales des jeunes poulpes interdits à la vente. Attirés par le gain et en l’absence de contrôles systématiques sur les plages, les petits pêcheurs n’hésitent pas à vendre toutes leurs prises. De son côté, le directeur du bureau de contrôle des produits halieutiques déclarait dans le quotidien national Le Soleil, avoir saisi 16 tonnes de marchandises dans plusieurs usines.

Une saison faste, qui s’explique notamment par l’absence, cette année, des deux principaux concurrents du Sénégal sur le secteur. Les poulpes ont déserté les côtes marocaines et mauritaniennes. Une situation dont se réjouit le directeur des pêches de Mbour (au sud de Dakar), Babacar Mbaye :  » La conjoncture est telle que les mareyeurs mauritaniens financent les mareyeurs sénégalais afin qu’ils travaillent pour eux « , a-t-il déclaré dans Le Soleil. Munis d’une simple ligne, les pêcheurs sortent des eaux jusqu’à 800 tonnes par semaine.  » La quasi-totalité des pirogues du département de Mbour s’est spécialisée dans l’exploitation de cette ressource « , précise Babacar Mbaye. Une pêche miraculeuse qui s’étendra jusqu’en septembre.