Paul Kagame à l’Elysée : un rapprochement inacceptable sans transparence ni reconnaissance des responsabilités françaises

En recevant Paul Kagame à l’Elysée ce mercredi après-midi, Emmanuel Macron savait que ses propos seraient attendus sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda, au sujet duquel il ne s’était encore jamais exprimé. Il a finalement été avare de paroles sur ce point, préférant évoquer à de multiples reprises une très vague coopération future, se limitant même dans un premier temps à une allusion à la « complexité des histoires du passé ». Interrogé sur les archives françaises, il a quasiment éludé la question.

Thomas Borrel, porte-parole de l’association Survie, est amer : « On craignait un jeu d’équilibriste visant à ne pas froisser les officiels français ni son homologue rwandais, mais c’est à de la prestidigitation que s’est livré le président français ! Il a tout simplement éludé le sujet des archives françaises, se contentant d’incantations sur un travail de recherche à encourager pour faire progresser notre connaissance. C’est le « en même temps » macronien : il évoque la place du génocide des Tutsi dans notre mémoire collective pour suggérer une forme de reconnaissance de la tragédie, mais laisse aussitôt entendre qu’on manquerait d’informations sur le rôle des uns et des autres. C’est oublier que l’implication française est déjà documentée, et qu’il a la clé de la plupart des secrets restants ! »

Le président français s’est seulement engagé à faire en sorte que le travail de déclassification engagé sous son prédécesseur se poursuive, alors même que des archives restent inaccessibles. Il y a quelques semaines, dans une tribune parue dans Le Monde et co-signée avec Ibuka France et le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), l’association Survie avait appelé à faire enfin preuve de transparence sur le sujet. En amont de la date commémorative du 7 avril, elle avait même appelé le président de la République à une reconnaissance officielle du soutien français aux génocidaires.

Thomas Borrel fait la comparaison avec 2010 et 2011 : « Comme avec Nicolas Sarkozy, on assiste à un rapprochement stratégique entre Paris et Kigali dont pourrait pâtir la vérité sur le soutien de l’État français au camp génocidaire. Si le régime rwandais actuel, qui a besoin de l’appui de la France pour certains dossiers internationaux, se satisfait de telles annonces, ce n’est pas notre cas : il faut que la lumière soit faite sur le rôle de nos responsables politiques et militaires et que des leçons en soient tirées quant aux institutions de la Vème République qui ont permis une telle politique criminelle. »

Survie