Pascal Lokua Kanza chante pour un monde… « Plus Vivant» !

Plus vivant, le dernier album, tout en français, de Lokua Kanza a dérouté plus d’un fan de l’artiste congolais. Un opus où il a d’ailleurs, contrairement à ses habitudes, confié le soin des textes à d’autres auteurs. Interview à cœur ouvert d’une star en perpétuel renouvellement.

Par Firmin Mutoto Luemba

Lokua Kanza est de retour dans les bacs avec Plus vivant, un album étonnant, réalisé tout en français et dont l’artiste congolais, une fois n’est pas coutume, n’a pas écrit les textes. Un disque qui ne laissera personne indifférent. On aime ou on n’aime pas. Reste que le disque jouit d’un impeccable travail de production et témoigne de toute la sensibilité de Lokua. Silence, un ange musical engagé passe… Afin que tous et tout redeviennent Plus Vivant(s)!

Afrik : Votre album s’intitule Plus Vivant, comme l’un de ses titres. Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus vivant qu’hier en Lokua Kanza ?

Lokua Kanza :
Ce qu’il y a de plus vivant, ce n’est pas forcément moi, mais l’humain. Je crois que cette chanson, comme tout l’album, parle d’espoir, malgré tous les problèmes autour de nous. La personne qui l’a écrite s’appelle Fred Allie. Elle a voulu à tout prix transmettre ceci : quoi qu’il arrive, il subsiste toujours une lueur d’espoir au fond d’un tunnel.

Afrik : Vos 4 précédents disques ont été salués pour leur originalité. D’aucuns estiment que vous avez rejoint la masse en faisant, cette fois-ci, de la simple variété française…

L.K :
(Un rien froissé) La polémique n’est pas mon fort et ce n’est pas un domaine dans lequel je veux exceller. Un artiste est quelqu’un qui, par essence, doit créer, oser et trouver de nouveaux horizons. Il ne faut pas avoir peur des gens, mais surtout avoir peur de soi-même. Quand un artiste fait une œuvre, il essaie de donner le meilleur de lui-même. C’est aux autres de décider. Et s’ils ne voient pas tout le travail qui a été fait, ce n’est pas à moi de les condamner. Mais moi je pense que cet album est vraiment différent des autres. Il y a une nouvelle équipe avec qui j’ai travaillé.

Afrik : Dans quel rayon souhaiteriez-vous voir ranger votre disque en magasin ?

L.K :
Là où on voudrait le mettre. Pour les gens qui savent écouter mon album, il est le reflet de la musique que j’ai toujours faite. Il est en tous points plus osé que les autres.

Afrik : Pourquoi avoir décidé de faire un album uniquement en français ?

L.K :
Je voulais que mon album soit compris par beaucoup d’Africains, ceux-là qui ne parlent pas lingala ou swahili. La langue française est un pont, un moyen de communication.

Afrik : Pourquoi avez-vous choisi qu’on vous écrive vos textes, contrairement à vos habitudes ?

L.K :
Le jour où je voudrais chanter en wolof, je demanderai à quelqu’un de m’écrire la chanson … La langue française, quand on veut atteindre un certain niveau d’écriture, demande beaucoup d’exigences. Il ne faut pas faire n’importe quoi quand on veut chanter dans une langue. Alors j’ai préféré confier cela à des personnes qui savent écrire des chansons en français.

Afrik : Votre maison de disques vous a-t-elle imposé des choix artistiques ?

L.K :
On ne m’a jamais imposé quoique se soit. Je suis moi-même le producteur de mes albums (sa structure s’appelle Yewo Music, ndlr). C’est important de le savoir. Depuis le début, c’est moi qui produis et je donne à la maison de disques qui distribue.

Afrik : Quels sont les artistes qui vous ont inspiré dans ce disque ?

L.K :
Des artistes qui m’ont inspiré, pas seulement pour ce disque-là, mais pour la vie, car une fois que tu es inspiré, tu gardes la marque, il y en a beaucoup. Chez moi au pays, j’étais touché, entre autres, par les musiques traditionnelles faites par les Mongo, les Luba ou les Sakata (trois parmi les centaines de tribus de la République démocratique du Congo, ndlr). Tout au long du chemin, il y a des êtres et des musiques qui te parlent. Et tu essaies à ta façon de les prendre comme de petites fleurs.

Afrik : Si votre CD était à refaire, que changeriez-vous ?

L.K :
(Souriant et convaincant) Rien !

Afrik : Au-delà du simple échange musical, devrait-on lire dans le duo Lokua-Corneille un message de paix, d’espoir et d’humanité adressé aux compatriotes congolais et rwandais. Et même à leurs dirigeants respectifs ?

L.K :
(Très attentif à la question, sourcils légèrement froncés et visage grave dans sa réponse) Vous savez, les peuples, autant du Congo que du Rwanda, depuis des années, des siècles, ont toujours été ensemble. Il se passe que pour des raisons occultes, que nous, le bas peuple, ignorons, une querelle éclate. Je suis un enfant d’un Congolais et d’une Rwandaise. Donc je suis le symbole même de l’amour qu’il y a entre les deux peuples. Je ne peux pas renier le Congo, je ne peux pas renier le Rwanda. Le duo avec Corneille est une belle chose. Tu l’as si bien dit : c’est un message de paix. (Il se met du coup à s’exprimer en lingala, le visage tendu, ému) Donc si nous pouvons arrêter les querelles, ce serait une bonne chose. Notre peuple a besoin de paix. Il faut que nos enfants grandissent, qu’ils aillent à l’école et qu’on arrête de nous tromper ! Car c’est bien là une façon de nous tromper par des guerres d’intérêts personnels.

Afrik : Dans « Si tu pars », vous chantez ceci : « Si tu pars, n’oublie pas la terre où ton cœur est né, Zanzibar ou Kinshasa… » Bref, vous évoquez la région des Grands Lacs africains, aujourd’hui très en trouble politiquement et militairement. Vous êtes né dans le Kivu, actuellement ensanglanté par le conflit congolo-rwandais. Souhaiteriez-vous vous impliquer d’une manière ou d’une autre pour contribuer à faire avancer les choses ?

L.K :
Je ne suis pas un homme politique, je suis un musicien. J’essaie à ma façon de donner ce que je peux, mais je ne peux pas le faire seul, il faut qu’on soit nombreux. Il faut surtout que les dirigeants soient prêts à se donner vraiment la main pour construire le pays. Si on a besoin de moi, à n’importe quel moment, pour apporter un coup de main à mon pays, je serais toujours là.

Afrik : D’année en année, le public congolais, à Kinshasa comme à Brazzaville, vous découvre, vous adopte. Mais vos disques n’y sont pas distribués.

L.K :
Ce n’est pas ma faute, ni celle de la maison de disques. Il faut que je trouve un distributeur digne de ce nom qui viendra faire du boulot et non pas du piratage. Avant, je l’avais confié à un distributeur à Kinshasa mais qui n’a pas fait son travail. Pour l’instant je cherche, je suis en discussion avec quelqu’un et j’espère que ça se passera bien.

Afrik : Vous ne supportez donc pas la piraterie, malgré son coté promotionnel apporté aux œuvres ?

L.K :
(Niant de la tête) Ça ne veut rien dire tout ça ! Le piratage est un mal qui détruit l’artiste et profite à d’autres.

Afrik : Comment jugez-vous le niveau actuel de la musique congolaise ?

L.K :
Moi, je n’aime pas polémiquer.

Afrik : Mais ça n’est pas de la polémique !

L.K :
Si, si, si. Je n’ai pas de jugement à faire. S’il y a des critiques, c’est aux journalistes de les formuler. Moi, j’aime la musique de mon pays, basta ! Après, chacun voit comment il peut faire cette musique.

Afrik : Que pensez-vous de la musique africaine?

L.K :
Il y a des musiques que j’aime, d’autres que j’aime moins. Il y a des gens formidables comme Richard Bona. Il y en a qui portent haut l’étendard de la musique africaine. J’aime les bosseurs.

Afrik : Pépé Felly Manuaku, dit « Le magicien de la guitare », a aussi joué dans cet album. Une surprise !

L.K :
(Ravi de cette allusion) Ya Felly, c’est quelqu’un que je connais depuis longtemps, que je respecte et que j’apprécie beaucoup. Il a amené beaucoup de choses à la musique congolaise. Il a fait danser tout le monde, toute l’Afrique et particulièrement le Congo. Et dans mon disque, j’ai voulu faire un clin d’œil à cette musique congolaise… Ya’ Felly y est vraiment une légende vivante…

Afrik : Vous avez même inséré le jeu de guitare endiablé à la congolaise, de type «atalaku-soukouss-ndombolo » !

L.K :
C’est un clin d’œil, une dédicace à l’ensemble de mon pays, et non pas à tel ou tel autre individu. Il y a ici un important message qui dit ceci : enfants du Congo, bâtissez votre pays !

Afrik : Un mot sur le trio Toto-Bona-Lokua ?

L.K :
Très belle expérience, un moment magique pour moi. On a passé cinq jours de studio où on s’amusait comme des enfants. Je suis content que le public et les médias aient suivi. Des expériences comme celle-là, j’aimerais en faire souvent avec des musiciens.

Afrik : Il y a exactement dix ans que sortait Emotion, l’album de Papa Wemba que vous avez artistiquement dirigé…

L.K :
(Etonné par l’évocation de ce lointain souvenir) Bravo à l’artiste Wemba. C’est un très grand chanteur qui m’a donné l’occasion d’écrire et d’arranger pour lui. Un bon moment. C’était et ça restera un exemple. Il faut que les Congolais se mettent souvent ensemble pour créer.

Afrik : Et vous l’avez soutenu pendant son incarcération!

L.K :
Je n’ai rien fait de spécial, à part le fait de lui avoir envoyé un message de soutien. Ce qui est normal, humain.

Afrik : Croyez-vous en Dieu ?

L.K :
(Regardant vers le ciel) C’est le Seigneur qui me soutient, qui me guide, qui me donne le souffle, la force. Tout ce que je fais, je ne pourrais jamais me vanter en me disant que c’est Lokua qui a fait ça. C’est Dieu qui me donne tout ce que j’ai. Je prie presque tous les jours mais je ne suis pas d’une confession particulière.

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