« Paperboy », la nouvelle expérience choc de Lee Daniels

Le nouveau film du cinéaste américain Lee Daniels est en compétition au Festival de Cannes. Présenté ce jeudi, Paperboy est une fiction déroutante qui témoigne de l’audace du réalisateur de Precious.

1969. Ward Jansen (Matthew McConaughey), reporter au Miami Times, revient dans sa ville natale de Lately, en Floride. Avec son collègue Yardley (David Oyelowo), ils sont venus enquêter sur la culpabilité présumée d’un chasseur d’alligators, Hillary Van Wetter (John Cusack), condamné à mort pour le meurtre du chef de la police locale. Leur contact : Charlotte Bless (Nicole Kidman). Elle leur a fait appel et entretient une correspondance amoureuse avec le détenu. Le petit frère de Ward, Jack (Zac Efron), livreur de journaux, va servir de chauffeur au petit groupe d’enquêteurs. Dans la moiteur et les marais, cette nouvelle promiscuité révèle les failles des uns et des autres. Paperboy, film de Lee Daniels à qui l’on doit le poignant Precious (2009), est en compétition au Festival de Cannes. L’adaptation du livre Paperboy de Pete Dexter a été projeté ce jeudi sur la Croisette.

« Certifié » Lee Daniels

Le film est un long flashback. Sa narratrice n’est autre qu’Anita, incarné par la chanteuse et comédienne Macy Gray, la femme de ménage de la famille Jansen. Cet observateur extérieur analyse notamment les premiers émois de Jack, qui tombe sous le charme de la vulgaire et pulpeuse Charlotte, beaucoup plus âgée que le jeune homme. En revenant sur l’enquête journalistique menée dans l’affaire Van Wetter, Anita raconte aussi la relation très érotique et un peu malsaine qu’entretient Hillary avec Charlotte. Nicole Kidman et Lee Daniels revisitent d’ailleurs le célèbre jeu de jambes de Sharon Stone dans Basic Instinct (1992) lors de la première visite des journalistes au condamné à mort. Hillary et Charlotte, qui jusqu’ici ne s’étaient jamais rencontrés, se livrent alors à une iconoclaste parade amoureuse. La femme de ménage insiste aussi sur la relation exceptionnelle qui lie les deux frères Jansen. Mais Paperboy, c’est également un instantané de cette Amérique raciste en ce début des années 70, un touche personnelle du réalisateur afro-américan au récit.

Nicole Kidman livre une performance inédite dans un rôle haut en couleur et très sexuel. Joan Cusack, qu’on a rarement vu ainsi au cinéma, est époustouflant dans la peau d’un marginal. Galerie de portraits d’individus emportés par leurs excès, portés par des acteurs dans des rôles à contre-emploi (si tant est qu’on puisse faire un tel constat à propos de comédiens), Paperboy est une aventure à la fois envoûtante et déroutante servie par une savoureuse bande originale. Sexe à haute dose, violence et désillusions confèrent du mordant à cette fiction. L’ensemble du casting, qui fonctionne comme une évidence, et la force du récit font tout le panache de Paperboy. L’expérience est nouvelle, sera dérangeante pour certains, mais les convictions de Lee Daniels, peu friand de la demi-mesure, demeurent.