Ould Taya m’a tuer

L’Association d’aide aux veuves et aux orphelins mauritaniens a déposé une plainte à Bruxelles contre le président Ould Taya pour crimes contre l’humanité et génocide. Il est accusé d’avoir mené une politique de  » dénégrification  » au sein de l’armée et de l’Etat en 1990 et 1991.

 » En tant que président de la République islamique de Mauritanie et chef suprême des armées, Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya est responsable de tous les crimes commis entre 1990 et 1991.  » Le 31 janvier dernier, une plainte a été déposée et jugée recevable par un juge d’instruction bruxellois, accusant le président mauritanien de crimes contre l’humanité et de génocide. Plus d’une centaine d’anciens militaires mauritaniens réfugiés en France sont regroupés au sein de l’Association qui se bat depuis deux ans pour déposer cette plainte. L’Association d’aide aux veuves et aux orphelins mauritaniens (Avom) a en effet comme objectifs de mettre sur pied des actions humanitaires à destination des veuves et des orphelins en Mauritanie mais aussi, et surtout, de poursuivre en justice  » tous les tortionnaires « .

 » Nous nous battons contre la politique de dénégrification au sein de l’armée et des appareils de l’Etat qu’a connue et que subit encore aujourd’hui la Mauritanie « , explique Dia Mamadou Aly, de l’Avom.  » 40% des Mauritaniens sont concernés par les exactions commises à l’encontre des négro-africains « , poursuit-il.  » En 1986, cette frange de la population a connu des arrestations par milliers, des tortures et des peines d’emprisonnement très dures. En 87, trois officiers noirs ont été exécutés, des centaines arrêtés, c’est le début de la dénégrification de l’armée.  »

Chef d’orchestre macabre

Et la liste s’allonge : en 1989, des déportations massives de noirs mauritaniens ont lieu vers le Sénégal et le Mali. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) avance le chiffre de 120 000 personnes, qui se trouvent encore dans ces pays, vivant dans des conditions inhumaines. C’est en 90-91 que la dénégrification de l’armée atteint son pic de terreur. 3 000 arrestations. 503 exécutions sommaires, ou plutôt  » sauvages  » comme le dit Dia Mamadou Aly. Précisant que les corps ont été entassés dans des fosses communes. En 1991, vingt-huit négro-africains, numérotés de 1 à 28, sont pendus le 28 novembre, jour anniversaire de l’indépendance du pays.

C’est la première fois qu’une telle plainte est déposée à l’encontre du président Ould Taya.  » C’est lui le chef d’orchestre de ces horreurs « , plaide Dia Mamadou, forcé de quitter son pays en 1997. La loi française n’acceptant pas de juger un président en exercice, c’est vers Bruxelles que s’est tournée l’Avom. Avec beaucoup d’espoir. L’Association avait déjà essayé de faire condamner un officier ayant participé à des actes de torture sur certains membres de l’Avom, en 1999, 2000 et 2001. Sans succès. Remis en liberté provisoire par le parquet de Montpellier (sud de la France), l’homme s’était enfui.