Ouganda : les homosexuels défient le pouvoir et fêtent la Gay Pride

Des centaines de militants homosexuels ont participé à la Gay Pride en Ouganda. Cette marche intervient une année après l’adoption d’une loi anti-homosexuel très controversée par le gouvernement

Des centaines d’homosexuels ougandais ont participé ce samedi à une grande marche que certains considèrent comme une victoire pour les militants des droits des homosexuels dans ce pays après la décision du gouvernement l’année dernière de condamner toute personne s’adonnant à l’homosexualité à la prison à perpétuité. Le gouvernement finira par faire marche arrière.

Ce samedi, les homosexuels ougandais ont bravé l’interdit en brandissant des bannières, en chantant et en dansant au rythme de la musique. Mais tous n’ont pas eu le même courage de se montrer en public. Pour éviter d’être identifiés, certains ont préféré porter des masques. La marche s’est déroulée au bord du Lac Victoria.

Les participants ont tenu à exprimer leur satisfaction. « C’est un grand honneur pour nous d’être ici aujourd’hui sans qu’aucun incident ne se soit produit », confie Kasha Jacqueline, une participante pour qui la décision du gouvernement de renoncer à des sanctions contre les homosexuels pourrait annoncer un assouplissement du régime par rapport à cette question.

« Le gouvernement en guerre contre l’homosexualité »

« Je suis contente que le gouvernement se soit rendu compte qu’il y a des sujets plus urgents dans ce pays que celui sur l’homosexualité. Mais le combat n’est pas encore terminé », selon Kasha Jacqueline. Il convient de souligner que l’Ouganda ne constitue pas un havre de paix pour les homosexuels. Dans ce pays, les homosexuels y vivent isolés et reclus craignant pour leur vie. Les poursuites judiciaires à leur encontre rendent leur situation plus compliquée.

L’année dernière, le gouvernement du pays avait voté une loi très sévère ayant suscité un tollé général, poussant même certains bailleurs de fond internationaux à geler des millions de dollars d’aide destinés au pays. Réagissant sur cette affaire, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, avait assimilée la loi à de l’antisémitisme.

« Une loi assimilée à de l’antisémitisme »

John Kerry dira : « Si on applique cette loi, on retournera à la condition des Juifs dans l’Allemagne des années 1930 ou à l’Afrique du Sud de l’apartheid (…). Ce qui se passe en Ouganda est atroce et nous avons tous des défis à relever car les droits des homosexuels sont des droits humains et le fait de voter cette loi anti-homosexuelle est totalement injuste sur le plan moral ».

Face à une forte pression internationale, le gouvernement ougandais finira par céder en annulant la loi en août dernier, évoquant des raisons techniques pour son application. Mais les législateurs conservateurs promettent de revoter la loi. Depuis, la communauté homosexuelle ougandaise note un certain assouplissement du gouvernement de Museveni. Toutefois, les activistes craignent toujours des représailles. La marche de ce samedi qui a vu la participation de 400 activistes (alors que 1000 étaient attendus) prouve, selon les activistes, que « les risques de lynchage sont énormes ».