Orquesta Arab de Barcelona présente « Maktub »

Le nouvel album de l’Orquesta Arab de Barcelona (OAB), « Maktub » (World Village/Harmonia Mundi), fait la part belle aux chants soufis, en y apportant innovations et modernité. Une œuvre profonde et enivrante, réalisée sous la direction de Mohammed Bout Ayoub et Mohamed Solimane.

Le livret qui accompagne le deuxième album de l’Orquesta Arab de Barcelona (connu en Espagne comme l’OAB) donne le ton: les paroles sont données en arabe – et dans les deux autres parties seulement en espagnol et en français – comme dans certains livrets d’opéra, où l’original vient d’abord. Composé d’artistes marocains, espagnols, et autres, autour de Mohammed Bout Ayoub et Mohamed Solimane, le groupe nous offre ici essentiellement des chansons soufies: soit traditionnelles (du Maroc et de Turquie), soit écrites et composées par les artistes, et chantées en arabe. Mais dans les deux cas, ces chants soufis sont considérablement modernisés, par le choix des instruments (basse électrique, piano….) et des rythmes (rock,…).

L’album s’ouvre par le chant traditionnel marocain baptisé “Notre prière”: “Dieu, Dieu notre seigneur/Sois généreux avec nous (…)/Je prie le Prophète Mohamed/C’est ainsi que ton Nom est venu à nou/Et te rappeler est notre réalité et notre devoir” (en darija, arabe marocain). Dans une composition, “Gloire à toi”, ils déclinent les différents noms d’Allah (il y en a 99 en tout): “Gloire à Dieu, Gloire à Dieu (…) Qui est le Compatissant? Qui est le Miséricordieux? Qui est le Souverain? Qui est le Très Saint? …” (Min el rahman? Min el rahim? Min el malek? Min el qaddous?….). Quelques chansons profanes aussi, comme “Ma terre”, pour rappeler le sort de bien des migrants marocains en Espagne: “Contraint, je t’ai quittée, ma terre/ Tes rues, tes images, sont restées dans mes yeux/Ton odeur, dans mes vêtements (…)/J’ai laissé la chaleur d’un foyer/Et une petite fille attendant un baiser”….

Le tout est très bien rythmé, si bien qu’on s’est surpris presque à vouloir danser sur la chanson, dont les paroles ne sont (presque) que “Allah! Allah! Soubhanallah! Alhamdoulillah!”, mais où résonnent quelques accords de guitare flamenco, et qui monte jusqu’à la transe… Mais toute la musique soufie avait ce but: vous amener à danser et à vous perdre dans la musique… ou à y rencontrer Dieu. Pour les soufis, comme pour un Bach jadis, c’est la même chose…

 Orquesta Arab de Barcelona : «Maktub», World Village/Harmonia Mundi, 2009.