Orpailleur: un film en or pour la Guyane

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Orpailleur, c’est l’histoire de Rod, interprété par Tony Mpoudja (La Squale, Dans tes rêves,…), un jeune « négropolitain » qui revient dans la Guyane de son enfance pour l’enterrement de son frère. Accompagné de son ami Gonz, Julien Courbet dans le film. Il va y découvrir à travers l’histoire de sa famille le milieu des chercheurs d’or, un monde fait de violences, de trafics en tout genre et de travailleurs clandestins venus du Brésil, mais aussi une forêt et un fleuve « blessés » par cette activité qui rend les gens fous. Le film de Marc Barrat, bien accueilli en Guyane avec 17 000 entrées depuis février, est diffusé à partir d’aujourd’hui dans une quinzaine de salles en France.

Pour son premier long métrage, le réalisateur et scénariste du film, Marc Barrat, a voulu revenir sur un thème qui lui est cher, celui du retour aux sources qui se passe mal. Thème qu’il avait déjà évoqué lors d’un court métrage en 2003. « Ce sont les sentiments humains que j’ai voulu mettre au premier plan cette fois ci. Le film est la métaphore de quelqu’un qui se retrouve mal dans ses racines et de la forêt en mauvais état » à cause de la pollution provoquée par l’orpaillage. Il est difficile de mettre cette œuvre dans une seule case, pour le réalisateur c’est « un film hybride, un film d’aventure intimiste » avec pour trame de fond l’environnement.

« Un film d’aventure intimiste »

Le long métrage est Intimiste pour d’autres raisons. Faire accepter un premier film joué en majorité par des acteurs noirs dans un territoire d’outre mer n’a pas été chose facile. Le réalisateur a dû convaincre son futur producteur sur place en lui expliquant ce projet qu’il avait en tête depuis longtemps et il a fallu cinq ans pour le concrétiser. Les 3,2 millions d’euros de budget de départ se sont réduits à 2,5 millions. Le film en 35 mm, cette coûteuse pellicule difficilement remplaçable pour conserver la magie des lumières naturelles, a été tourné en 35 jours. A l’écran, rien n’y paraît. Des décors grandioses, un casting savoureux d’acteurs justes et intenses, une histoire qui tient la route ( ou plutôt le fleuve) malgré quelques incohérences, et qui nous plonge au fur et à mesure de l’intrigue au coeur de cette nature mystérieuse et fragile.

Le duo Tony Mpoudja et Julien Courbet fonctionne bien. L’un recherchant un frère déjà enterré (joué par Jimmy Jean-Louis) dont il ne lui reste que quelques vagues souvenirs, et l’autre se sentant abandonné par « son frère de vie » plongeant dans la frénésie du dur milieu des chercheurs d’or. Chacun devra affronter ses démons cachés à la recherche d’un trésor illusoire.

Un acte écologique

Même si par souci d’évoquer l’exploitation mondiale du marché de l’or, le film présente les orpailleurs comme des colons blancs venus piller la Guyane et donc fait quelques raccourcis sur l’exploitation des clandestins (souvent exploités par les Brésiliens eux mêmes en réalité), il n’en reste pas moins un vibrant hommage aux terres natales du réalisateur. Le personnage féminin du film, interprété par la sous exploitée Sara Martins (Pigalle la nuit, Fragile(s), l’Heure d’été,…), résume bien son intention lors d’une réplique à l’acteur principal : « C’est le vrai seul acte écologique que je n’ai jamais vu pour mon pays », et l’on sent dans le film cet amour pour la nature de son enfance. « C’est une façon de naître avec mon premier film en traitant de mes origines », confie-t -il.

Pour finir, mention spéciale pour Julien Courbet qui joue de son image comique au début de l’histoire pour revêtir dans la 2ème partie un rôle plus dramatique qui lui va tout aussi bien. Et à l’acteur principal Tony Mpoudja, qui par son charisme et la fraîcheur de son jeu fait gagner le film en intensité. On est en colère avec lui et l’on souffre avec lui lorsqu’il découvre comme dans un rêve les côtés sombres de la nature humaine.

Cinq questions à Tony Mpouja

tonympoudja.jpgAfrik.com : Quel est ton parcours, en quelques dates avant le film ?

Tony Mpoudja :
Je suis né le 30 juillet 1981 dans le XXème arrondissement de Paris d’un père Camerounais et d’une mère Guadeloupéenne. Je suis depuis quelques années à la recherche d’un travail très engagé (en termes de composition et de profondeur dans le travail d’acteur). J’ai eu la chance de collaborer avec Peter Brook (ndlr : célèbre metteur en scène et acteur britannique), ce qui m’a permis de comprendre l’essentiel pour avoir du talent : le travail. J’ai eu la chance de parcourir le monde grâce au théâtre et à quelques films, ce qui m’a permis de voir les choses d’une manière très ouverte, très universelle. J’ai pu faire depuis le début de mon expérience quelques belles rencontres qui m’ont éveillé l’esprit et permis de caractériser mon univers et de lui donner un sens très personnel, et non de calquer sur le jeu ou la personnalité de quelqu’un d’autre. Grâce à cela, j’ai découvert l’art en général grâce auquel je me sens exister.

Afrik.com : En quoi l’histoire d’Orpailleur vous touche- t-elle ?

Tony Mpoudja :
D’abord la sensibilité des personnages, et plus particulièrement celle de Rodrigue que j’interprète. Je trouve que ce département français, la Guyane, ressemble au Far West où tous les sentiments et les aspirations sont décuplés, non seulement à cause de la nature autour mais aussi à cause de tout ce qui se passe là-bas: la manière de vivre. Par ailleurs, il y a le sujet de l’environnement qui est en toile de fond durant tout le film. Ce qui me touche, c’est aussi la détresse de ces dizaines de milliers de Brésiliens qui traversent la frontière pour avoir une meilleure vie sans pour autant la trouver.

Afrik.com : En quoi le personnage que vous interprétez dans Orpailleur vous ressemble- t- il ?

Tony Mpoudja :
Le personnage de Rodrigue me touche dans sa sensibilité, dans sa violence et sa douleur. Dans son inconscient qui mène à la fureur et à son besoin vital de connaître la vérité.

Afrik.com : Quelles ont été les conditions de tournage en Guyane?

Tony Mpoudja :
Les conditions de tournage ont été ordinaires dans l’organisation. Mais je dois dire que cette aventure professionnelle n’a rien d’ordinaire en revanche. Dormir en forêt, marcher en forêt, rencontrer des chamans et les peuples de Guyane… De toute façon, ce qui importait n’était pas vraiment les conditions, mais l’histoire de ce film.

Afrik.com : Le film reflète- t- il une réalité en Guyane sur les conditions de vie des chercheurs d’or ? Y a t il un symbole à chercher?

Tony Mpoudja :
Le symbole le plus frappant pour moi est celui d’une séquence du film où un hélicoptère atterrit, les passagers récupèrent en quelques secondes l’or pour une poignet de billets. Je vous laisse y réfléchir…