Oran : les enfants des décharges

Au milieu de plusieurs tonnes d’ordures, ils creusent, fouinent et trient patiemment jusqu’à l’épuisement parfois, avec leurs mains menues. Verre, papier, plastique, carton, caoutchouc, métal et autres, tout ou presque est récupérable. Tôt le matin, Omar, Djillali et Mohamed se dirigent comme chaque jour vers la décharge publique d’El Kerma située à la périphérie de la ville.

Munis de simples sacs en toile de jute, ils commencent à manipuler à mains nues, indistinctement, déchets ménagers et hospitaliers. Enfouis jusqu’aux genoux dans cet « océan » nauséabond, ils s’appliquent à trouver la matière qu’il leur faut, et même les émanations suffocantes qui s’en dégagent ne semblent plus les déranger. Djillali a onze ans, il fait partie d’une famille de neuf personnes. Il n’a jamais été à l’école, il habite La Casbah d’Oran, située dans le secteur urbain de Sidi El Houari.

Avec un sourire presque triomphal, il exhibera son sac à moitié plein après plus de deux heures de fouille. Le jeune garçon ne ramasse que des bouteilles en verre de différentes tailles, mais ce qui l’intéresse surtout, ce sont les petits flacons. Il nous expliquera que vu la fragilité du verre, les fouilles ne sont pas toujours bonnes. Ces petits flacons il les revend à un particulier à M’dina J’dida qui les récupère pour les remplir de khôl et les revendre par la suite. « Cela fait quatre mois que je travaille avec lui », nous dira-t-il. A deux dinars le flacon, Djillali se retrouve en moyenne avec 50 dinars en fin de journée. Une modique somme qu’il donne directement à sa mère.

Il y a aussi Omar, encore plus jeune. Du haut de ses huit ans, il affiche une assurance déroutante. Il a le verbe facile et confie fièrement qu’il contribue à « faire vivre la famille ». Lui a quitté les bancs de l’école après une année seulement. Avec ses bottes en plastique marron et un bonnet qui lui cache tout le front, il se met au travail rapidement et sans nous lancer le moindre regard. Puis il se dirige vers nous pour écouter nos questions.

Omar fait dans le plastique. Jerricans, bouteilles, gobelets, seringues, sacs et autres, tout y passe. Il vendra un sac, ou deux pour les meilleurs jours, à quelqu’un dans le quartier de Chtaïbo, qui lui-même les revendra ensuite. 90 DA le sac, voilà son prix. Avec une famille de onze personnes et un père invalide, trois de ses frères plus âgés que lui « naviguent » aussi. Omar nous expliquera que ce travail, il s’est pratiquement battu pour l’avoir.

La concurrence est rude, ajoutera-t-il, et il faut parfois en venir aux poings pour régler les différends et protéger « son territoire ». « Tout le monde se connaît et chacun a une heure plus ou moins fixe à laquelle il arrive. » Une fois la journée finie, ils repartent vers les clients habituels. Une longue distance qu’ils font parfois à pied, puisque les transports en commun refusent quelquefois de les prendre avec leurs grands sacs. Des sacs qui font parfois leur taille pour les plus jeunes et plus de la moitié de leur poids.

Dans les décharges publiques d’El Kerma ou de douar Cheklaoua, des dizaines d’enfants se retrouvent jetés au milieu de déchets de différentes natures. Des dangers directs qui menacent leur santé. Ordures fermentées, seringues, pansements souillés de sang, autant de facteurs transmetteurs de maladies qui peuvent leur être fatales.

D. Azzi