Opération séduction du gouvernement nigérien

Conflit touareg, crise alimentaire ou encore affaire Moussa Kaka… autant de sujets d’actualité qui mettent le Niger sous les feux de la rampe. Des questions auxquelles s’était préparé Mohamed Ben Omar, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement nigérien. De passage en France, il a expliqué jeudi la position de son président, Mamadou Tandja. Afrik.com était présent au Centre d’accueil étrangère à Paris (CAPE) où s’est tenu l’événement.

Thème de la conférence : les potentialités économiques et les perspectives de développement au Niger. Mais les journalistes présents se sont surtout déplacés pour aborder les sujets qui font les titres de la presse actuellement. L’affaire Moussa Kaka, journaliste de Radio France Internationale (RFI) en prison depuis six mois, et le conflit touareg y figurent en bonne place. Dès le départ, le ton est donné : « Ici, il n’y a pas de sujet tabou », déclare Lanciné Camara de l’Union Internationale des Journalistes Africains (UIJA) et organisateur de la rencontre avec Mohamed Ben Omar, porte-parole du gouvernement nigérien.

Halte aux « bandits » : l’Etat nigérien pointe

M. Ben Omar n’y va pas de main morte. « Le gouvernement nigérien va les combattre jusqu’à leur dernier retranchement ». « Les », ce sont les rebelles touareg du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) qui depuis début 2007 ont repris les armes contre le gouvernement nigérien. Les tensions se sont accrues depuis quelques semaines. En cause : la répartition des richesses générées par les activités minières. S’estimant marginalisés, les Touareg accusent les entreprises étrangères comme le gouvernement nigérien de ne pas faire d’effort à leur égard. Pas le même son de cloche pour le gouvernement. M. Ben Omar assure que près de 4700 emplois permanents seront générés (10 000 temporaires) au niveau local et que les investissements prévus grâce aux sociétés étrangères sont estimés à 328 millions de dollars.

Au même problème, deux voies radicalement différentes. De même que le Niger, le Mali vit aussi des temps troublés avec les rebelles. Alors que Amadou Toumani Touré, le président malien, choisit la voie de la négociation, Mamadou Tandja semble plus intransigeant sur la question. « A chacun sa thérapie », répond M. Ben Omar. « La main reste tendue… mais non l’arme sur la tempe ». Ces « bandits » comme le Ministre de la Communication aime les qualifier ne peuvent donc rien espérer sauf s’ils déposent les armes. Selon lui, le gouvernement semble disposé au dialogue. Mais il ne veut pas d’ingérence étrangère sur la question. Ce problème est « nigéro- nigérien » et à régler par le Niger seul.

Gare aux journalistes

Les journalistes sont décrétés persona non grata au nord du pays. « Pour raisons de sécurité », l’Etat a interdit la presse de s’y rendre. Zone instable, il ne serait pas bon pour les médias d’y faire un tour, selon M. Ben Omar. Pourtant, l’argument ne tient pas. Il existe bien d’autres conflits dans le monde, parfois plus meurtriers. L’accès aux journalistes y est possible. En revanche au Niger, c’est à leurs « risques et périls ». Mais n’est-ce-pas leur travail que de recueillir tous les points de vue sur un évènement, comme le rappelle Thomas Dandois présent dans la salle? Journaliste de la chaîne Arte, il a été arrêté, avec son confrère Pierre Creisson, en décembre dernier pour avoir été en contact direct avec les rebelles du nord nigérien avant d’être remis en liberté provisoire. Le journaliste Moussa Kaka n’a pas eu la même chance.

Moussa Kaka maintenu en prison

L’affaire Moussa Kaka n’en finit plus de faire couler l’encre. Jusqu’à aujourd’hui, aucune date de jugement n’a été fixée. Correspondant de Radio France Internationale (RFI) et de Reporter Sans Frontières (RSF), Moussa Kaka, 48 ans, est incarcéré depuis le 20 septembre dernier pour ses liens présumés avec les rebelles touareg du MNJ. « Avant d’être journaliste, il est citoyen nigérien (…) qui a fait des choses très peu catholiques ». « En connexion avec des groupes rebelles », il « doit être jugé », insiste M. Ben Omar. Le porte-parole explique qu’il n’a pas été arrêté de façon arbitraire et ne veut donc surtout pas recevoir de leçon de démocratie : « on est en apprentissage mais on a de (bons) acquis ». Il risque la prison à vie pour avoir bravé cet interdit. Une grâce possible? Cette question ne viendra qu’une fois qu’il aura été jugé et condamné. Le temps risque de se faire long pour le journaliste.

Pas de crise alimentaire en vue

Au cours de sa conférence de presse, M. Ben Omar a tenu à signaler un point positif de la politique nigérienne : il n’y a pas de crise alimentaire actuellement dans son pays. En effet, le Niger fait partie des rares Etats africains à sortir son épingle du jeu. Certes, les prix ont bel et bien augmenté mais sans plus. Après la crise alimentaire de 2005, le gouvernement dit avoir « anticipé » un tel problème en créant la même année le Ministère de la Compétitivité et de Lutte contre la Vie Chère. M. Ben Omar assure que l’Etat dispose de 120 000 tonnes de céréales en cas de coup dur. S’ajoute une mesure provisoire de trois mois qui met en place une détaxation de produits de base comme le riz. Un manque à gagner de « 10 milliards de francs CFA » pour les caisses de l’Etat mais que le Niger ne veut pas en tenir rigueur. De quoi rassurer les Nigériens en cette période de crise alimentaire qui touche la plupart des pays africains.

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