On vote à Alger

Les Algériens renouvellent ce jeudi leur assemblée nationale. Boycottées par la Kabylie, les législatives auront valeur de test pour l’Etat qui joue sa crédibilité sur une forte participation. Le président Bouteflika multiplie les déplacements pour convaincre ses concitoyens d’aller aux urnes.

 » Le véritable enjeu est de savoir combien de sièges auront l’ex-parti unique, le FLN, et son rejeton le RND. Sinon, la majorité islamo-conservatrice sera reconduite sans aucune difficulté comme au bon vieux temps de la dictature « , affirme Djamel, enseignant et militant au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui a appelé au boycott du scrutin. « La géographie future de l’Assemblée est connue des décideurs. En haut lieu, on connaît déjà la configuration de la prochaine Chambre, qui est de près de 40 % pour le FLN et de 30 % pour le RND », pronostique l’ancien ministre des Affaires étrangères, Taleb Brahimi. La population a le sentiment que tout est déjà joué d’avance. Les autorités craignent une trop faible participation au scrutin et multiplient les appels aux votes.

En Kabylie, on boycotte

La Kabylie, en fronde contre le pouvoir depuis un an, risque de ne pas voter. Les urnes ont été brûlées sur la place publique, en protestation contre  » la répression  » du pouvoir central. La région est paralysée par une grève générale à l’appel des archs (tribus kabyles) et de nombreux axes routiers ont été fermées. Et les émeutes ont repris depuis mercredi dernier.  » Le régime en place panique. Il a vu l’effet boule de neige qu’a entraîné l’action du rejet des élections. Une campagne tous azimuts est engagée sur le terrain. Des sorties sont organisées à la hâte, partout, par le président pour mener des campagnes électoralistes « , analyse Belaïd Abrika, un des porte-parole des archs.

A Alger, on cherche de l’eau

Les candidats et hommes politiques, obligés d’annuler leurs meetings à cause de la désaffection du public, se rabattent sur la télévision et les radios pour dispenser leurs discours. C’est le président Abdelaziz Bouteflika en personne, dans le camp des participationnistes, qui tente de donner vie à une campagne électorale désabusée. Il sillonne les villes algériennes pour convaincre ses citoyens de se rendre aux urnes.  » Il n’y a même pas d’ambiance de campagne électorale. Il y a une rupture réelle de la population vis-à-vis du pouvoir, et le taux de participation électorale sera le plus faible taux de toute l’histoire de l’Algérie », avertit Ahmed Djeddaï, Secrétaire général du Front des forces socialistes (FFS), dans une conférence de presse organisée par une coalition appelant au boycott.

A Alger, la population est très loin de la campagne électorale. C’est le problème de l’eau qui préoccupe les Algérois. Très rare, l’eau ne coule que quelques jours tous les trois ou quatre jours, généralement la nuit. La déclaration malheureuse d’un responsable du FLN, qui avait dit que  » l’eau coule bien mais c’est les gens qui dorment trop tôt pour s’en apercevoir  »  » n’est pas faite pour rapprocher les citoyens de la chose politique.

La future assemblée sera composée de 389 députés. Huit sièges, dont 4 pour la France, sont dévolus pour la représentation de la communauté algérienne à l’étranger. Les députés sont élus à la proportionnelle pour cinq ans sur des listes présentées dans chacune des 48 wilayate (départements) du pays. Les listes qui n’ont pas obtenu 5% des suffrages exprimés ne sont pas admises à la répartition des sièges.