Océanographie : le trésor caché des coraux vivants au large de Cotonou enfin révélé


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Océanographie : le trésor caché des coraux vivants au large de Cotonou enfin révélé
Un récif corallien

Une équipe de chercheurs béninois a redécouvert un récif corallien en pleine santé, à une vingtaine de kilomètres des plages de Cotonou. Longtemps considéré comme disparu, cet écosystème, situé à plus de 50 mètres de profondeur, abrite plusieurs espèces de coraux et de poissons.

L’existence d’un récif corallien au large du Bénin avait été signalée il y a environ soixante ans. Lors d’une campagne de prospection menée dans les eaux du golfe de Guinée pour évaluer les ressources halieutiques, des pêcheurs avaient remonté dans leurs filets de nombreux fragments de coraux.

Ces indices laissaient supposer la présence d’un récif prospère à environ 22 kilomètres des côtes béninoises. Mais faute de recherches approfondies et de moyens techniques adaptés, le site était progressivement tombé dans l’oubli. Au fil des années, l’hypothèse de la disparition du récif s’était même imposée. Mais, la persévérance de chercheurs béninois a finalement permis de lever le doute.

Dans le cadre du projet Coreb, consacré à la redécouverte et à l’exploration des récifs coralliens du Bénin, une équipe dirigée par Gérard Zinzindohoué, chercheur à l’Institut de recherches halieutiques et océanologiques du Bénin, a confirmé l’existence d’un écosystème corallien vivant et riche.

Les premières images d’un récif longtemps oublié

Pour explorer cette zone située à une cinquantaine de mètres de profondeur, les chercheurs ont mobilisé plusieurs outils technologiques, dont un sonar à haute résolution, un drone sous-marin et une caméra spécialisée dans l’exploration des profondeurs océaniques.

Les premières images ont confirmé les données recueillies par le sonar. « Je me souviens encore des premières images. C’était un mélange d’enthousiasme et d’incrédulité. Après tant de temps à y penser, soudain, il y avait quelque chose de réel devant nos yeux », a confié Gérard Zinzindohoué.

Les observations ont révélé la présence d’au moins huit types de coraux ainsi que plusieurs espèces de poissons. Parmi elles figurent le poisson-ange africain (Holacanthus africanus), le poisson-soldat à bande noire (Myripristis jacobus) et la carpe rouge (Lutjanus fulgens).

Contrairement aux récifs coralliens généralement observés dans des eaux moins profondes, celui du Bénin se situe dans une zone dite « crépusculaire », une région de transition entre les eaux éclairées de surface et les profondeurs océaniques.

Un récif composé de plusieurs formations

Les chercheurs ont également constaté que le récif béninois ne forme pas une barrière continue. Il est plutôt constitué de plusieurs groupes de coraux dispersés, qui se développent sur des formations rocheuses. Cette configuration particulière pourrait contribuer à mieux comprendre les écosystèmes marins profonds du golfe de Guinée et leur capacité à résister aux changements environnementaux.

Les résultats de ces travaux ont été publiés le 20 juillet dans la revue scientifique « Frontiers in Marine Science ». Au-delà de la confirmation de l’existence du récif, cette étude ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche sur la biodiversité marine en Afrique de l’Ouest, une région dont les fonds marins restent encore peu explorés.

Une recherche menée malgré le manque de moyens

Cette découverte met également en évidence les difficultés matérielles et financières auxquelles sont confrontés de nombreux chercheurs africains.

Pour mener son projet, Gérard Zinzindohoué a obtenu, en janvier 2025, une bourse de 20 000 dollars accordée dans le cadre du programme National Geographic Explorers. Une grande partie de cette enveloppe a été consacrée à l’acquisition du sonar, qui a absorbé près de 80 % du financement.

L’achat du matériel a par ailleurs été compliqué par des difficultés liées au paiement depuis un compte bancaire africain, le fournisseur européen ayant initialement refusé la transaction.

L’absence de navire de recherche au Bénin a également obligé l’équipe scientifique à recourir à des embarcations de pêche locales pour rejoindre la zone d’étude. Une solution plus risquée, les pêcheurs n’ayant pas l’habitude de naviguer aussi loin des côtes.
Malgré ces contraintes, les chercheurs ont réussi à mener les opérations et à obtenir des données scientifiques inédites.

Mieux connaître pour mieux protéger

Pour Gérard Zinzindohoué et son collègue Houangninan Midinoudewa, cette découverte pourrait n’être qu’un aperçu de la richesse encore inconnue des espaces marins ouest-africains.

Les chercheurs estiment que d’autres écosystèmes similaires pourraient exister dans la région, mais demeurer invisibles faute d’études, d’équipements et de financements suffisants.

« Nous n’avons pas besoin d’attendre que d’autres viennent dans notre pays pour nous montrer ce qui se trouve sous nos mers. C’est à nous d’en prendre la responsabilité », a déclaré le chercheur.

Qu’est-ce qu’un récif corallien ou une barrière de corail ?

Un récif corallien ou une barrière de corail est une structure naturelle bioconstruite à l’origine de laquelle sont essentiellement les coraux. La plus grande de ces formations, la Grande Barrière de corail, au large des côtes australiennes, s’étend sur quelque 2 000 km et est visible depuis l’espace.

Un récif corallien résulte de la construction d’un substrat minéral durable (formé de carbonate de calcium) sécrété par des êtres vivants, principalement des coraux. Ainsi, tant que les coraux sont vivants, le récif continue de croître, contrebalançant les effets de l’érosion. Il existe plusieurs milliers d’espèces de coraux qui forment des écosystèmes marins complexes et parmi les plus riches en biodiversité, généralement à faible profondeur.

Les massifs coralliens, notamment en région tropicale, procurent des niches écologiques à de nombreux animaux qui y trouvent nourriture, refuge, protection et abri. De très nombreuses espèces de poissons en sont donc dépendantes, et ces écosystèmes hébergent plus d’un quart de la biodiversité marine mondiale sur seulement un millième de la surface des océans.

Toutefois, les coraux étant très sensibles aux variations des paramètres de l’eau, en particulier sa température, sa salinité et son acidité, plus de la moitié des récifs mondiaux sont menacés à court terme par les effets des activités humaines (pollution, envasement, acidification, réchauffement climatique, surpêche…).

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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