Obasanjo sous la menace d’une destitution

Le Sénat nigérian se réunit, ce jeudi, pour débattre de la destitution du président Olusegun Obasanjo. Sa mise en cause dans la gestion des finances publiques est le dernier épisode d’une série d’accrochages entre le chef de l’exécutif et l’Assemblée.

 » Je n’ai pas peur de cette enquête parce que je n’ai rien à cacher « . Le chef de l’Etat nigérian, qui préside aujourd’hui le sommet du Nouveau partenariat pour le développement (Nepad) en marge du sommet de la FAO à Rome, affiche une sérénité désarmante. A Lagos pourtant, c’est sa place qui est en jeu. Le Sénat se réunit ce jeudi pour décider si, oui ou non, Olusegun Obasanjo doit être mis sous le coup d’une procédure de destitution.

L’Assemblée prend ainsi sa revanche sur Obasanjo. Officiellement, le président du Nigeria est accusé de mauvaise gestion des finances publiques. Depuis son élection en 1999, on lui reproche de faire fi des directives du Parlement et de gérer le budget à sa façon. Mais surtout, suite à la gronde des députés qui se plaignaient de leurs salaires, le chef de l’Etat s’est attiré bien des inimitiés en les enjoignant par deux fois à publier officiellement leurs traitements. Bras de fer. Depuis deux mois, les parlementaires cherchent à exclure définitivement l’agaçant président de la scène politique.

Règlement de compte

La motion pour enquêter sur les revenus et dépenses du gouvernement a été votée a l’unanimité par la Chambre basse, le 14 février dernier. Initiée par Ihenacho Obioma, un membre du Parti démocratique populaire (PDP, au pouvoir), elle dénonce  » l’inaptitude, l’insensibilité, les activités opaques et les gâchis  » de l’administration Obasanjo. Des termes virulents, qui reflètent la détermination des députés. Un ancien allié du président, Abubakar Rimi, exigeait récemment  » la destitution du président par tous les moyens « . Reste à savoir si les membres du Sénat suivront les directives de leurs collègues du Parlement.

L’ombre militaire

Cette ultime crise du gouvernement civil pourrait avoir de graves conséquences pour la démocratie. La fin de seize années de dictature militaire, en 1999, avait éveillé de grands espoirs dans le pays, mais, comme le rappelle le sénateur Jonathan Zwingina,  » les Nigérians ont vite oublié la tyrannie et l’oppression des militaires « . Et certains commencent à montrer des signes de lassitude. Ils sont de plus en plus nombreux à douter de ce régime aux finances opaques, qui peine à faire régner l’ordre et s’avère impuissant à mettre fin à la pauvreté. La destitution du président pourrait porter un coup fatal à l’image du régime.