Obama : avec ou sans Clinton, telle est la question

Obama-Clinton, un duo politique prometteur sur papier, mais qui dans la réalité semble devenu inaproprié. Hillary Clinton rejoindra officiellement le camp du sénateur Barack Obama samedi, mais en fera-t-il pour autant sa vice-présidente ?

Barack Obama sait depuis mardi qu’il est le candidat démocrate à la Maison Blanche. Les 2 190 délégués acquis, bien au-delà des 2 118 nécessaires, lui ont assuré l’investiture à la convention du parti qui se tiendra en août prochain à Denver. En attendant, le sénateur de l’Illinois doit se trouver un vice-président. D’ores et déjà, Hillary Clinton qui a demandé et obtenu un entretien, jeudi soir, avec Barack Obama prévient qu’elle ne sollicitera pas la vice-présidence tandis que son entourage fait pression sur le sénateur de l’Illinois pour qu’il en soit autrement. La sénatrice de New York devrait annoncer officiellement son ralliement samedi, mais dans un e-mail adressé à ses supporters, elle les invite déjà à soutenir le candidat démocrate.

Vice-présidence : Clinton dit non quand elle pense oui

«Elle ne recherche pas la vice-présidence, et personne ne parle pour elle sinon elle-même, a déclaré son directeur de la communication, Howard Wolfson. Le sénateur Obama est le seul à décider». Des propos qui viennent contrebalancer les tentatives comme celles de Bob Johnson, le fondateur de la puissante chaîne africaine-américaine Black Entertainment Television (BET), fervent supporter de la sénatrice Hillary Clinton. Il a envoyé mercredi un courrier à l’organisation qui représente les Africains-Américains membres du Congrès américain [[Congressional Black Caucus]] afin qu’ils encouragent Barack Obama à choisir Hillary Clinton comme vice-présidente. Une démarche qu’il aurait faite avec la bénédiction de l’ex-première dame. Dans un entretien accordé à la chaîne américaine NBC, Barack Obama a déclaré qu’il prendrait son temps pour se décider. « Je ne pense pas que la sénatrice Clinton s’attende à une décision rapide et je ne sais même pas si elle est intéressée », a-t-il ajouté.

« Barack Obama n’a pas besoin d’Hillary Clinton, mais de ses 17 millions de voix, tranche François Durpaire, co-auteur de L’Amérique de Barack Obama. On connaît les défauts d’Hillary Clinton et en la choisissant comme colistier, il risque de brouiller son message de changement, son message sur l’Irak, plus grave, de donner l’impression qu’il est incapable de résister aux pressions.»

Obama : résister pour ne pas devenir « l’ombre d’une ombre »

D’autres choix plus pertinents s’offriraient au sénateur de l’Illinois. Comme le sénateur de Virginie Jim Webb, ancien républicain et secrétaire à la Marine sous Ronald Reagan ou encore Ted Strickland, le gouverneur de l’Ohio, supporter de la sénatrice de New York, les favoris à la vice-présidence selon François Durpaire. Un temps pressenti, John Edwards, candidat à l’investiture démocrate, a confié au journal espagnol La Vanguardia qu’il ne souhaitait pas être le colistier de Barack Obama, bien qu’il s’impliquera totalement dans la campagne de ce dernier. Une commission composée de trois personnes, dont Caroline Kennedy (la fille du président), devrait aider le candidat à prendre sa décision.

L’équipée Obama-Clinton paraissait, il a quelques mois encore, la solution idéale pour les démocrates dans la conquête de la Maison Blanche, une bataille qu’ils espèrent remporter. Depuis Hillary Clinton a, entre autres, évoqué l’assassinat de son adversaire. Sa popularité auprès de l’électorat ouvrier blanc, raciste envers Barack Obama pèse bien peu de choses désormais si l’on s’en tient aux analystes politiques. Même si cette Amérique populaire risque de voter pour le candidat républicain John McCain par dépit. Un site dénommé « Hillary Clinton Supporters For John McCain » est déjà disponible sur la toile. Dans les colonnes du Washington Post, le journaliste George Will estime que si Barack Obama porte son choix sur Hillary Clinton, il risque d’être réduit à « l’ombre d’une ombre ». L’ex-première dame ayant construit sa carrière politique dans celle de Bill Clinton. Un bien mauvais augure pour un homme qui suscite autant d’espoir dans son pays et dans le monde.

Une manifestation de soutien est organisée samedi 7 janvier à Paris, à 15h, place de la Bastille pour fête la victoire de Barack Obama par un collectif d’associations.