Nouvelle vague de grèves chez les sans-papiers d’Ile-de-France

321 travailleurs sans-papiers ont rejoint, ce mardi, le mouvement de grève illimitée débuté le 15 avril dernier par les salariés de plusieurs entreprises de France pour obtenir leur régularisation. Cet arrêt de travail n’est pas du goût de leurs employeurs, qui y voient une perte financière et un dysfonctionnement nuisible à l’image de leur société.

Par Christelle Mensah

Le mouvement de grève fait tache d’huile. 16 travailleurs sans-papiers ont cessé le travail dans le restaurant La Gare dans le 16e arrondissement de Paris. Ils sont 3 de plus dans l’établissement du même nom, dans le 7e. A l’annonce du piquet de grève, Robert Bouchard, propriétaire de ces restaurants, tente de négocier avec ses salariés pour trouver un terrain d’entente. Et pour cause, le restaurant chic, élu meilleur restaurant tendance de l’année 2008, fait salle comble. Au total, 321 nouveaux grévistes d’Ile-de-France viennent s’ajouter au mouvement débuté le 15 avril dernier.

Grévistes, restez discrets !

Chaussée de la Muette, aucun signe extérieur de grève. Dans ce restaurant chic, la grande salle rouge et or reste vide. Seuls les serveurs s’y déplacent à pas rapides jusqu’à la terrasse, bondée, où s’amassent systématiquement l’ensemble des clients. Le propriétaire des lieux, fin négociateur, a demandé aux grévistes d’enlever les deux drapeaux de la CGT qui trônaient fièrement à l’entrée de La Gare. Une demande vite satisfaite par les grèvistes, soucieux de montrer leur bonne foi.

« On a voulu coopérer avec M. Bouchard. Le but n’est pas de gêner la clientèle, mais d’obtenir notre régularisation au plus vite pour reprendre le travail », ajoute Daouda Kanté, porte-parole des grévistes du restaurant, situé sur l’ancienne gare SNCF de Passy-La Muette. « Il nous a aussi demandé de nous déplacer sur le côté droit du restaurant, pour ne pas gêner la progression des clients vers la terrasse. » De fait, ils n’ont aucun contacts non plus avec les clients, qui s’aperçoivent à peine du mouvement de grève.

20 de perdus, quatre de retrouvés?

Le patron souhaite pourtant embaucher « quatre extras dans l’intérim » pour remplacer les grévistes. Cette proposition, présentée à la fin de la première journée de ce mardi, a été rejetée en bloc par les grévistes. Daouda Kanté, leur porte-parole, en a perdu son sourire: « On a refusé sa proposition, ça ne joue pas du tout en notre faveur ! Et s’il décide de garder ses intérimaires, qu’est ce qu’on va devenir, nous autres? » M. Bernard, secretaire CGT de l’union locale de l’arrondissement veille au grain : « Il n’y aura ni embauches, ni interimaires! Depuis hier, le patron tente de leur mettre la pression pour qu’ils reprennent le travail. » Une intimidation qui passe mal chez les salariés, qui ont décidés de réinstaller les drapeaux devant le restaurant.

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