Nouvelle rencontre à Lomé sur la RDC : Faure Gnassingbé réussira-t-il là où Donald Trump et les autres patinent ?


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Le Président togolais, Faure Gnassingbé
Le Président togolais, Faure Gnassingbé

Ces 7 et 8 juin, Lomé a accueilli une nouvelle réunion d’évaluation du processus de paix piloté par le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, médiateur désigné par l’Union africaine pour la crise dans l’est de la RDC et la région des Grands Lacs. Le but de cette nouvelle rencontre est de trouver le chemin de la paix dans cette crise qui perdure.

Désigné médiateur de l’Union africaine dans la crise à l’est de la RDC quelques semaines après le remplacement du Président de l’Angola João Lourenço, Faure Gnassingbé s’active depuis plusieurs jours pour obtenir des avancées concrètes sur le terrain. C’est dans ce contexte qu’il a convoqué les dimanche 7 et lundi 8 juin à Lomé une nouvelle rencontre qui s’est d’ailleurs bien déroulée avec à la clé des avancées saluées par les participants. Mais au-delà des déclarations diplomatiques habituelles qui sanctionnent ce genre de réunion, il y a lieu de se poser une question essentielle : Faure Gnassingbé peut-il réussir là où plusieurs initiatives internationales, y compris celles soutenues par les États-Unis de Donald Trump, peinent encore à produire des résultats durables ?

Une crise qui résiste à toutes les médiations

Les dernières années ont vu se multiplier les tentatives de règlement du conflit congolais. Les processus de Nairobi, de Luanda, de Doha et plus récemment celui de Washington ont chacun nourri l’espoir d’une sortie de crise. L’administration Trump avait notamment réussi à obtenir la signature d’un accord entre Kinshasa et Kigali, considéré à l’époque comme une avancée diplomatique majeure. Pourtant, plusieurs mois après son lancement, les accusations mutuelles entre la RDC et le Rwanda continuent de se multiplier.

Washington lui-même reconnaît les difficultés. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a admis, la semaine dernière, que l’Accord de Washington n’était pas pleinement respecté, même s’il estime observer des signes encourageants du côté rwandais après les sanctions imposées par les États-Unis. Mais sur le terrain, les combats se poursuivent. Les FARDC accusent régulièrement la rébellion de l’AFC/M23 de poursuivre ses offensives dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, tandis que Kigali continue de dénoncer la présence des FDLR et les menaces sécuritaires à sa frontière. Ce décalage permanent entre les progrès diplomatiques et la réalité militaire constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la paix.

L’atout de Faure Gnassingbé : coordonner plutôt que concurrencer

Contrairement à plusieurs médiations précédentes qui ont parfois fonctionné en parallèle, l’approche défendue par Faure Gnassingbé repose sur une idée simple : mettre de l’ordre dans la multitude des initiatives existantes. Depuis sa désignation comme médiateur de l’Union africaine, le dirigeant togolais s’efforce de construire une architecture commune capable de rassembler les différents acteurs impliqués dans la recherche de la paix. La rencontre de Lomé a ainsi réuni non seulement les facilitateurs africains, mais également les représentants des Nations unies, de la Communauté d’Afrique de l’Est, de la SADC, de la CIRGL, de la CEEAC et du Comité international de la Croix-Rouge.

L’objectif n’est pas de créer un nouveau processus de paix, mais d’éviter que les différents mécanismes existants ne se concurrencent ou ne se contredisent. « Nous avons franchi une étape importante depuis le mois de janvier en mettant davantage d’ordre dans l’architecture de la médiation africaine », a déclaré Faure Gnassingbé à l’ouverture des travaux. Cette volonté de coordination constitue sans doute la principale innovation de la médiation togolaise.

Une équipe africaine aux compétences ciblées

Autre particularité du dispositif mis en place par l’Union africaine : la spécialisation des responsabilités. Autour de Faure Gnassingbé gravitent plusieurs anciens chefs d’État africains chargés de dossiers spécifiques. L’ancien Président nigérian, Olusegun Obasanjo, supervise les questions militaires et sécuritaires. L’ancienne Présidente éthiopienne, Sahle-Work Zewde, pilote les questions humanitaires. L’ancien Président kényan, Uhuru Kenyatta, s’occupe du dialogue avec les groupes armés locaux. L’ancien Président botswanais, Mokgweetsi Masisi, est chargé de la coopération économique régionale, tandis que Catherine Samba-Panza, ancienne dirigeante de la République centrafricaine, suit les dossiers liés à la réconciliation, à la société civile et au genre.

Cette répartition des rôles traduit une compréhension plus globale du conflit congolais, qui ne se limite pas à une simple confrontation militaire mais englobe également des dimensions humanitaires, économiques, communautaires et politiques.

Les limites d’une médiation africaine

Pour autant, les défis restent immenses. La principale difficulté demeure l’absence de confiance entre les protagonistes. Kinshasa continue d’accuser Kigali de soutenir l’AFC/M23, tandis que le Rwanda reproche à la RDC sa collaboration supposée avec les FDLR. À cela s’ajoute la fragmentation des groupes armés présents dans l’est congolais. Même en cas d’accord entre États, la question de la démobilisation et de la réintégration de dizaines de mouvements armés locaux, elle, reste entière.

Le contexte géopolitique international complique également la tâche des médiateurs. Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine mobilisent une grande partie de l’attention diplomatique mondiale, reléguant bien souvent le dossier congolais au second plan. Enfin, les populations de l’est de la RDC, qui vivent depuis des décennies dans l’insécurité, attendent désormais des résultats concrets plutôt que de nouvelles déclarations de principe.

Entre prudence et espoir

Faure Gnassingbé ne dispose pas de baguette magique. Comme ses prédécesseurs, il se heurte à des intérêts divergents, à des calculs géopolitiques complexes et à une guerre qui a profondément transformé les équilibres régionaux. Cependant, la médiation africaine semble avoir compris une leçon essentielle des échecs passés : aucune initiative ne pourra réussir durablement sans une meilleure coordination entre les acteurs régionaux, continentaux et internationaux.

Une chose semble certaine à ce stade. Lomé ne peut pas encore être considéré comme le point de bascule tant attendu dans le conflit congolais. Cependant, la rencontre marque peut-être le début ou la poursuite d’une méthode différente, davantage centrée sur la cohérence des efforts que sur la multiplication des initiatives. Dès lors, la question est désormais de savoir comment faire travailler ensemble tous ceux qui aspirent construire la paix.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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