«Nous n’avons pas préparé la bataille d’Abidjan»

Le commandant Issiaka « Wattao » Ouattara, le chef d’état-major adjoint des Forces armées des Forces nouvelles qui appartient désormais aux Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), était aux premières loges de l’arrestation de Laurent Gbagbo. Joint au téléphone dans la matinée de ce mardi, le commandant Issiaka « Wattao » Ouattara revient sur la fin du règne de l’ancien président ivoirien, la bataille d’Abidjan et les priorités de la nouvelle armée ivoirienne en formation.

Laurent Gbagbo a été délogé ce lundi 11 avril par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire avec l’appui des troupes onusiennes et surtout françaises. Sous surveillance de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), le couple présidentiel devrait faire l’objet de poursuites judiciaires selon le nouveau président ivoirien Alassane Ouattara.

Afrik.com : Vous avez pris une part active à l’arrestation Laurent Gbagbo. Comment s’est-elle déroulée ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
L’opération s’est bien déroulée. Il n’y a pas eu de problèmes majeurs au niveau de la résidence. Tous ceux que nous avons trouvés là-bas n’ont pas essayé de résister. Le ministre (de l’intérieur) [[Il aurait trouvé la mort ce mardi selon Toussaint Alain, le porte-parole de Laurent Gbagbo.]] Désiré Tagro est sorti avec le drapeau blanc. Le Président s’est rendu et nous l’avons conduit directement à l’hôtel du Golf pour sa sécurité.

Afrik.com : Le couple présidentiel n’a opposé aucune résistance ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Aucune résistance !

Afrik.com : En combien de temps êtes-vous venu finalement à bout du bunker ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
L’opération avait commencé tard dans la nuit et a duré jusqu’aux environs de 13h (GMT, heure locale).

Afrik.com : M. Gbagbo et sa famille sont où actuellement ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Laurent Gbagbo est au Golf [[Au moment où nous publions cet entretien, Laurent Gbagbo aurait été transféré dans un endroit tenu secret par les forces onusiennes.]], en sécurité, avec l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire).

Afrik.com : Dans le bunker présidentiel, combien de personnes ont été appréhendées ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
105 personnes

Afrik.com : Sur les premières images diffusées, on vous voit aider Laurent Gbagbo à changer de chemise avec beaucoup de respect. Comparé à certains de vos compagnons d’armes, vous sembliez plus délicat, plus respectueux…

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Il a été président de la République de la Côte d’Ivoire pendant 10 ans. Par ailleurs, je le considérais comme un père et à ce titre, il n’était pas question pour moi de le brutaliser. J’aurai trouvé anormal qu’on le brutalise. C’est ce qui explique mon attitude et le fait que je l’aide à changer de chemise. Il n’était pas normal qu’il porte un habit déchiré. Tous ceux qui sont venus et qui étaient dans une situation similaire, je leur ai trouvé des vêtements afin qu’ils soient présentables.

Afrik.com : Votre attitude est d’autant plus frappante que la première dame n’a pas eu droit aux mêmes égards que son époux…

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
La première dame n’a pas eu la chance de tomber sur moi au début. Mais dès l’instant où on a pu recueillir des effets avec les femmes qui étaient à l’hôtel, nous avons veillé à ce qu’elle soit bien habillée.

Afrik.com : Vous avez déclaré que les forces françaises ne vous avaient pas aider à appréhender le président sortant ? Vous confirmez ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Je confirme !

Afrik.com : Il n’y a donc que les éléments des FRCI qui ont procédé à cette arrestation ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Oui ! Il n’y a que les FRCI qui sont rentrées dans la résidence.

Afrik.com : Néanmoins les frappes aériennes, censées protéger les civils et menées par les forces onusiennes et Licorne, ont-elles été décisives pour vous aider à arrêter Laurent Gbagbo ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Oui, ces forces ont été décisives. Nous aurions pu le faire mais cela aurait pris plus de temps. Il allait y avoir plus de morts. L’important pour moi, c’est que tout soit rentré dans l’ordre et que le président n’ait pas perdu la vie.

Afrik.com : Les FRCI ont mis quatre jours pour atteindre Abidjan le 31 mars dernier. Mais vous allez mettre près d’environ deux semaines pour gagner la bataille d’Abidjan. Vous sembliez désorganisés et dépourvus sans l’appui de l’ONU et des Français. Que s’est-il passé ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Abidjan n’a pas été préparé comme les autres. Nous sommes rentrés à Abidjan dans l’euphorie et cette euphorie nous a créé beaucoup de problèmes…

Afrik.com : «Pas préparé comme les autres», c’est à dire ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Sincèrement, il faut le dire : nous n’avons pas préparé la bataille d’Abidjan…

Afrik.com : Pourquoi ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Nous ne pensions pas rentrer si tôt comme ça à Abidjan. Les autres batailles ont été préparées pendant deux, voire trois semaines. Nous sommes venus sur Abidjan dans l’euphorie et nous croyions que ce serait facile. Ça n’a pas été le cas. Nous avons donc dû nous réorganiser pour lancer l’assaut final.

Afrik.com : Cet aveu est d’autant plus surprenant qu’il était évident que vous alliez rencontrer des résistances à Abidjan. Les forces pro-Ggagbo ne vous auraient pas résisté dans le reste du pays justement pour se concentrer sur Abidjan…

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Pour nous, nous rentrions chez nous à Abidjan et nous pensions que tout le monde déposerait les armes et que ce serait fini. Nous avons donc dû penser à un autre schéma pour pouvoir avancer.

Afrik.com : Les FRCI ont été mises en place conformément à l’Accord politique de Ouagadougou (APO) par le président Alassane Ouattara. Ce dernier prévoit la formation d’une armée nationale constituée des ex-rebelles et de l’armée préexistante. La nouvelle armée de Côte d’Ivoire sera-t-elle composée des FRCI, des Forces armées de Forces nouvelles (FAFN) déjà parties prenantes des FRCI et des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) restées fidèles à Laurent Gbagbo, les Forces de défense et de sécurités (FDS) ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
L’armée de ce pays est connue, ce sont les Forces républicaines de Côte d’Ivoire. Il n’y a plus qu’une seule armée désormais en Côte d’Ivoire. Tous ceux qui étaient pro-Gbagbo et pro-Ouattara se retrouvent au sein de la FRCI. C’est la nouvelle armée de Côte d’Ivoire.

Afrik.com : Pour vous, le point de l’APO concernant la réunification de l’armée est par conséquent réglé de façon définitive…

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
C’est définitif. Les généraux sont venus faire allégeance au président Ouattara. L’armée est déjà réunifiée et nous allons travailler ensemble avec la gendarmerie, la police….

Afrik.com : Quelle est la composition et les effectifs des FRCI ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Ce sont tous les militaires, ex-FDS, ex-FANCI, c’est tout ce qui est corps habillés de Côte d’Ivoire. Tous ceux qui sont cachés reviennent. Ils avaient peur et nous les appelons à rejoindre les FRCI pour qu’on contrôle et sécurise le pays ensemble. Nous ne connaissons donc pas encore les effectifs exacts. On le saura dans peu de temps quand tout le monde rejoindra les casernes.

Afrik.com : Concernant les effectifs des ex-FAFN, vous confiez à Reuters le chiffre de 9 000 hommes [[Dans une dépêche de Reuters publiée le 1er avril, l’officier indique qu’il est rentré à Abidjan avec 4 000 hommes et que 5 000 hommes sont déjà dans la ville.]]. Est-il exact ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Je confirme le chiffre de 5 000 engagés volontaires (dans le cadre des opérations de DDR engagés dans le cadre de l’APO) qui étaient déjà prêts à rejoindre la nouvelle armée. Ils ont déjà eu leurs premières soldes. Ces 5 000 ajoutés aux autres feront l’armée de Côte d’Ivoire.

Afrik.com : Combien d’ex-FAFN ont participé à la bataille d’Abidjan ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Je ne peux pas donner un chiffre exact.
Afrik.com : Que vont faire les FRCI aujourd’hui, sécuriser Abidjan ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Nous avons déjà commencé. Nous allons commencer les patrouilles pour sécuriser les populations et arrêter les pillages, arrêter ceux qui sont en train de piller et les remettre en prison puisque qu’elle a été cassée. Les prisonniers sont en ville et ils sont en train de commettre de sales besognes. Nous allons remédier à cela le plus vite possible avec les Forces de l’Onuci et Licorne.

Afrik.com : Qui a libéré ces prisonniers ? On dit tantôt que sont les FRCI, tantôt les FDS ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Avant notre arrivée à Abidjan, les prison étaient déjà ouvertes.

Afrik.com : Les Commandos invisibles dont Ibrahim Coulibaly, alias IB, revendique le leadership, ont contribué au retournement du rapport de force à Abidjan au profit d’Alassane Ouattara. Qu’allez-vous faire des membres de ces commandos invisibles ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Ça m’étonne qu’IB se proclame leader de ces commandos invisibles, car ces derniers se reconnaissent en nous et ils nous ont aidés dans les derniers combats. La Côte d’Ivoire a trop souffert, il faut qu’IB arrête.

Afrik.com : Les commandos invisibles vous ont déjà rejoints ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Beaucoup nous ont rejoint. Tous ceux qui se réclament des commandos invisibles ont rejoint la République.

Afrik.com : IB affirme être à leur tête. C’est donc une assertion nulle et non avenue ?

Commandant Issiaka « Wattao » Ouattara :
Pour ma part, oui !