Noirs français cherchent intégration

Le Club Africagora, qui réunit des entrepreneurs et décideurs noirs d’Europe, a choisi de sortir de son champ économique pour investir le champ politique. Créée en 1999 Africagora milite pour l’émergence d’une génération de décideurs noirs et pour leur intégration au sein de l’Etat et des centres de décision institutionnels, économiques, politiques et médiatiques du pays. Le club Africagora a choisi de s’engager dans la ville. Interview de son président, Dogad Dogoui.

Toulouse, Lyon, Lille, Montpellier…, ce n’est pas une tournée de rock star mais le tour de France des membres d’Africagora pour sensibiliser les populations sur l’intégration des Africains en France.  » Les élections générales de 2002 en France (présidentielles et législatives) offrent l’occasion au Club Africagora de renforcer le volet  » intégration  » de sa vocation, au-delà de la seule ambition d’offrir des opportunités d’affaires à ses membres « , explique Dogad Dogoui. Il entend peser de tout son poids pour que les Français d’origine africaine aient leur place dans l’agora française. Interview enflammée.

Afrik : Quelle est la situation de la communauté noire en France ?

Dogad Dogoui : La place de ceux qui viennent d’ailleurs et qui composent aujourd’hui la population française n’est pas reluisante. La nation française est multiethnique mais l’Etat reste Blanc, monocolore. Pour la prochaine législature, il faut que les députés noirs soient plus nombreux. Africagora fait un travail de lobbying pour que les portes de l’entreprise, de la haute administration et de la politique s’ouvrent. Les Noirs en France se débrouillent individuellement, isolément. L’imaginaire français nous cantonne au sport et à la musique.

Afrik : Pensez-vous que la politique des quotas contribue à une meilleure intégration?

Dogad Dogoui : Ce n’est pas une bonne méthode. Elle a des effets pervers car elle met de côté les compétences, les critères de sélection et du mérite. Il faut que l’Etat fasse sa révolution. Je revendique une parité ethnique : un Blanc et un non Blanc. Comme sur les listes électorales. L’Etat ne veut pas d’une approche communautaire. Pourtant, on y va tout droit. L’intégration est un échec, il n’y a pas eu de politique d’intégration. Notre objectif à Africagora est de préparer les enfants à une autre France.

Afrik : Sur le plan purement économique, y a-t-il des handicaps qui touchent particulièrement la communauté noire ?

Dogad Dogoui : La situation est mitigée. On remarque une émergence d’entrepreneurs qui se prennent en main. Dernièrement à Toulouse, un chef d’entreprise de 300 salariés a pris contact avec nous pour nous faire part de son expérience, partager son savoir avec la communauté. Il y a beaucoup de réussites mais elles demeurent individuelles et isolées. Sur le plan de l’emploi, Il y a plein de Noirs diplômés à qui on ne donne pas leur chances. Ils ont un bac +7 et on leur propose des métiers sous qualifiés. Et comme ils n’ont pas de réseau sur lequel ils peuvent s’appuyer, ils s’isolent. Africagora veut être ce relais, ce lien.

Afrik : avez-vous des réactions de la part des candidats à la présidentielle ?

Dogad Dogoui : Nous avons lancé des invitations à certains candidats. Invitations qui ont été rendues publiques. Nous leur avons aussi laissé plus d’une heure de parole pour les « 1ères Assises nationales de l’intégration africaine et des communautés noires de France  » que nous organisons le 6 avril à l’Assemblée nationale. Les représentants de la communauté noire sauront ce jour-là qui est venu et qui s’en est abstenu.

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Rendez-vous :

« 1ères Assises Nationales de l’Intégration Africaine

et des communautés noires de France »

Samedi 6 Avril 2002 de 9h à 19h

Immeuble Jacques Chaban-Delmas à Paris

(Salle Victor Hugo – 101 rue de l’Université, Paris 7e – M° Assemblée Nationale)

Contact : africagora@club-internet.fr