Noir comme Thaï

L’éclosion d’une plume. Avec son premier roman, Noir, le jeune afro-américain Kenji Jasper signe un livre rythmé et maîtrisé. Du ghetto de Washington aux faubourgs de Charlotte, on suit avec plaisir les tribulations de Thaï, anti-héros lucide et attachant.

Thaï Williams, l’intello. E, le veinard. Ray Ray le dingue. Snowflake, le méchant. La bande des quatre est née à Shaw, quartier noir de Washington, a grandi a Shaw, ne connaît que Shaw et les frontières rassurantes du quartier. Leur quotidien : virées nocturnes, bitures, journées terriblement paresseuses mais aussi bastons, meurtres et règlements de compte entre bandes rivales qui s’enchaînent avec une régularité morbide. Jusqu’au jour où Thaï se retrouve avec un flingue dans la main. Et s’en sert.

Une seule solution : se mettre au vert. Thaï part rejoindre E qui vit depuis un an avec sa mère à Charlotte. Pour le Black de 19 ans habitué à Washington, Charlotte a des allures de bourgade provinciale ennuyeuse. Pourtant, c’est grâce à cette ville et aux gens qu’il y rencontre que le jeune Williams va en apprendre un peu plus sur le monde et sur lui-même.

Renaissance de Thaï

Thaï dîne pour la première fois avec une Blanche, goûte au vin et aux prouesses sexuelles d’une hôtesse de l’air, Américaine pure souche, qui réussit à faire rougir sa peau sombre, se fait éclater le nez par un amant jaloux et découvre  » qu’un vaste monde existe en dehors de Washington et de Shaw « . Thaï découvre l’histoire de sa mère qui jusqu’ici n’était qu' » une goutte de néant « ,  » un mot vide  » datant de sa naissance et apprend à communiquer –  » En quatre jours à Charlotte j’étais devenu champion de la discute. Les mots venaient d’un endroit inutilisé à la maison avec papa, au boulot et devant l’immeuble de Ray Ray. Avec les gens qui faisaient partie de ma vie presque tout restait inexprimé « .

Noir est l’histoire d’une quête initiatique, d’une renaissance en sept jours, écrite avec virtuosité par Kenji Jasper, Afro-américain de 26 ans qui signe ici son premier roman. Jouant sur les références musicales rap (Wu-Tang Clan, OutKast) et soul (Superfly), l’auteur donne un belle rythmique à son écriture. Les phrases sont chaloupées, les tournures intelligentes et le style maîtrisé. En langage  » Thaï « , les Blancs sont des  » fantômes  » et les cigarettes des  » nuit grave « . Un univers sans cliché qui aborde le ghetto avec honnêteté. Noir, ou l’alter ego livresque de l’excellent film de John Singleton, Boyz N the Hood.

Noir de Kenji Jasper, éditions Le Serpent à Plumes.

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