
L’attaque d’une mosquée dans l’État du Niger, au centre-nord du Nigeria, pourrait avoir fait beaucoup plus de victimes qu’annoncé dans les premières heures. Une vidéo diffusée dimanche 23 août par les ravisseurs montre plusieurs centaines de captifs assis dans une zone boisée. Des habitants avancent désormais un chiffre proche de 600 personnes enlevées, qu’aucun bilan officiel ne permet pour l’instant de confirmer.
Une vidéo qui bouleverse le bilan initial
Le Nigeria pourrait être confronté à l’un des enlèvements collectifs les plus importants de ces dernières années. Dimanche 23 août, une vidéo diffusée sur Facebook et WhatsApp par un groupe armé montre une foule nombreuse, parmi laquelle des femmes, des enfants et des personnes âgées, retenue dans une zone boisée sous la surveillance d’hommes armés. Des pleurs d’enfants sont audibles tout au long des images.
VIDEO: Footage shows residents of Dekara and surrounding communities in Borgu LGA, Niger State, being held captive by bandits after they were abducted from a mosque shortly after Friday prayers.
Men, women and children are seen among the abductees, with gunshots heard in the… https://t.co/h41D51qGEF pic.twitter.com/BOrNnzTx59
— Bakatsine (@DanKatsina50) August 23, 2026
Un homme armé s’exprimant en haoussa s’adresse directement aux familles des captifs et leur demande d’identifier leurs proches parmi les prisonniers. Des habitants de la région affirment avoir reconnu des membres de leur famille et estiment le nombre de captifs à environ 600.
Une offensive coordonnée contre plusieurs villages
Les images seraient liées aux attaques menées vendredi 21 août dans la zone de gouvernement local (LGA) de Borgu, une région rurale frontalière du Bénin, à l’ouest de l’État du Niger. Des hommes armés ont encerclé la mosquée de Kpenya, dans le district de Dekara, au moment de la grande prière hebdomadaire, avant d’emmener des fidèles vers la forêt. Les villages de Gidan-Zana et de Kpenya ont été attaqués simultanément, selon le porte-parole de la police de l’État du Niger, le commissaire principal Wasiu Abiodun.
Le député fédéral de la circonscription de Borgu, Jafaru Muhammad Shetiman, a confirmé l’attaque. Plusieurs fidèles sont parvenus à s’échapper, tandis que d’autres ont été blessés à la machette en tentant de fuir ; la police n’a en revanche fait état d’aucun décès à ce stade. Un chef de village et l’imam de la mosquée figureraient parmi les personnes enlevées.
Selon des sources locales citées par la presse nigériane, les assaillants seraient liés au groupe jihadiste Lakurawa, que certains chercheurs rattachent à l’État islamique au Sahel. Des membres d’un groupe rival, Mamudawa, se seraient opposés à l’attaque de la mosquée, provoquant des accrochages entre les deux factions, un différend dont les implications restent, à ce stade, difficiles à établir.
De 60 à potentiellement 600 captifs : la prudence reste de mise
Dans les premières heures suivant l’attaque, autorités locales et habitants évoquaient entre 60 et 80 personnes enlevées. La police confirmait l’opération sans être en mesure d’établir un bilan précis. L’apparition de la vidéo, deux jours plus tard, a brutalement changé la perception de l’événement.
Reuters souligne ne pas avoir pu authentifier de façon indépendante les circonstances exactes dans lesquelles les images ont été tournées. La police ou les autorités de l’État du Niger n’ont pas encore souhaité réagir. Le chiffre de 600 est donc à considérer avec prudence. Il ne correspond pas nécessairement au seul enlèvement de la mosquée : les assaillants ayant mené plusieurs raids simultanés, les captifs montrés dans la vidéo pourraient provenir de différentes communautés. Ce lundi 24 août, les autorités de l’État du Niger indiquaient encore ne pas disposer d’un bilan définitif.
Une industrie criminelle qui gagne du terrain
Aucun groupe n’a, pour l’heure, revendiqué l’opération. Dans le nord-ouest et le centre-nord du Nigeria, les enlèvements contre rançon sont devenus une industrie criminelle bien installée, avec des bandes lourdement armées qui prennent régulièrement pour cible des villages, des écoles et des axes routiers. Ces gangs étendent aujourd’hui leur rayon d’action vers le sud, au-delà de leurs bastions habituels du Nord.
Si le chiffre de 600 captifs venait à être confirmé, l’attaque de Borgu serait un pic de cette crise sécuritaire, à quelques mois d’une élection présidentielle où la question de la sécurité devrait peser lourdement sur la campagne et sur le bilan du président Bola Tinubu.




