Niger : polémique après l’accord entre Areva et l’Etat sur l’uranium

L’accord entre l’entreprise française Areva et le gouvernement nigérien sur l’exploitation de l’uranium du Niger, signé le 26 mai dernier, continue de provoquer le mécontentement de la société civile, notamment des syndicats.

De nombreux experts, associations et syndicats critiquent l’accord entre l’entreprise française Areva et le gouvernement nigérien sur l’exploitation de l’uranium du Niger, signé le 26 mai dernier. Il est jugé déséquilibré et largement favorable à Areva, aux dépens de la population nigérienne.

Le groupe nucléaire Areva exploite depuis 40 ans le gisement d’uranium d’Arlit, dans la région d’Agadez, au nord du pays, à travers ses filiales la SOMAIR et la COMINAK. Selon cet accord, les directeurs de ces deux filiales devraient être de nationalité nigérienne. Areva va aussi injecter 90 millions d’euros dans la réhabilitation de la route Tahoua-Agadez-Arlit dite « Route de l’uranium ».

« C’est un accord sur lequel le Niger a été grugé plus que d’habitude », a indiqué la coordinatrice du Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractrices du Niger, Ramatou Solli, rapporte Xinhua. « On n’a rien gagné du tout, on a fait semblant de conduire des négociations pendant près de dix-huit mois pour aboutir à rien, en fait », a-t-elle précisé.

Le Niger, pays le plus pauvre du monde

Elle reproche au gouvernement nigérien et à Areva le fait que les désignations des directeurs nigériens aient pris du retard, les licenciements de travailleurs et les réductions de salaire pour baisser les coûts de production ainsi que l’arrêt des activités du site d’Imouraren où 552 employés ont déjà été licenciés. Le budget de 90 milliards de francs CFA (environ 180 millions USD) serait largement insuffisant. Les questions environnementales sont aussi totalement laissées de côté dans l’accord, de même que la santé des travailleurs.

« Nous estimons que si la situation continue à nuire à nos intérêts, il nous faudra sortir les gants et s’il faut aller dans la rue, on ira dans la rue », a averti Moussa Ibrahim du syndicat national des mines. Un des leaders du collectif « Sauvons le Niger », Nouhou Arzika, indique que le groupe français Areva continue d’exploiter le peuple nigérien après des années de colonisation. « L’Etat doit carrément retirer le permis d’Imouraren à Areva et le reverser dans le patrimoine national, afin de pouvoir le replacer sur le marché sous peu », a-t-il déclaré.

La protestation est telle que le gouvernement nigérien et Areva ont effectué une déclaration commune, mardi, indiquant que les deux parties se donnaient des délais nécessaires pour finaliser les modalités de mise en oeuvre des différents points de l’accord. Le Niger est le quatrième producteur mondial d’uranium et le deuxième fournisseur du groupe nucléaire français Areva. Ce pays est le plus pauvre du monde.