Nicolas Sarkozy aux portes de l’Afrik

Jamais, à Afrik.com, nous ne nous sommes tant sentis en sécurité. Depuis que Nicolas Sarkozy, candidat UMP aux élections présidentielles françaises 2007 et ministre de l’Intérieur, a installé son QG de campagne à la rue d’Enghien, à quelques mètres de nos locaux, il règne un calme et une tranquillité exceptionnels dans ce quartier populaire de Paris.

Jamais, à Afrik.com, nous ne nous sommes tant sentis en sécurité. Depuis que Nicolas Sarkozy, candidat UMP aux élections présidentielles françaises 2007 et ministre de l’Intérieur, a installé son QG de campagne à la rue d’Enghien, à quelques mètres de nos locaux, il règne un calme et une tranquillité exceptionnels dans ce quartier populaire de Paris. Les attroupement intempestifs de buveurs de bière à bon marché se sont évaporés. Les rabatteurs des salons de coiffure afro sont d’une discrétion étonnante. Turcs, Africains, Indiens… les passants font désormais profil bas et fixent le gris du trottoir avec une prodigieuse insistance.

Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy, un seul et unique petit caillou est venu plisser la surface lisse et étale de notre nouvel environnement : la manifestation, aujourd’hui, d’une poignée de Kurdes rassemblés pour protester contre la perquisition de leur centre culturel, au 16 rue d’Enghien. Excepté ce petit accroc vite raccommodé, rien. Le calme plat, la mer d’huile. La présence de notre voisin de marque ne saurait expliquer à elle seule la métamorphose. Il faut préciser qu’un nombre impressionnant de voitures et de fourgons de police circulent, patrouillent, stationnent dans le secteur et que, 24 heures sur 24, d’un côté comme de l’autre de la rue, debout dans leurs grandes bottes noires aux épaisses semelles, leurs uniformes et képis bleu marine, leurs matraques luisantes accrochées au côté, des policiers font le pied de grue.

La France veut se sentir protégée. Et dans ce petit coin de Paris, elle ne pourrait l’être mieux. Pourtant, la présence de Nicolas Sarkozy et ses conséquences diverses sur le biotope ne semblent pas être appréciées à leur juste valeur. Un groupe de voisins regroupés en comité hostile a créé un blog intitulé rentre chez toi qui réclame le déguerpissement éclair du prétendant à la charge suprême. En plus de la présence massive de représentants des forces de l’ordre dans le secteur, ils déplorent l’intérêt appuyé que leur prêtent les Renseignements Généraux. D’après les révélations du Nouvel Observateur, les habitants des trois immeubles qui font face au QG ont reçu une étrange enveloppe saumon, sans cachet de la Poste : « à l’intérieur, une lettre, datée du 15 janvier, leur demande de répondre au plus vite à un recensement de sécurité. » A Afrik.com, nous n’avons pas encore reçu notre petite enveloppe, mais lorsqu’une de nos lignes téléphoniques se met à crachouiller… nous ne manquons pas de nous interroger sur la source du dérangement.

N’écoutant que notre saine curiosité de journalistes « afrikains », nous nous sommes rendus au siège de Nicolas Sarkozy, sur la façade duquel flotte un fier drapeau bleu floqué du slogan « Ensemble, tout devient possible ». Dans le hall, un immense portrait du candidat en campagne, en deux mètres par deux. Colossal. A l’accueil, son programme résumé en huit mots d’ordre inscrits sur deux feuillets : « Je veux être le Président du pouvoir d’achat », « Je veux être le Président de la valeur travail », « Je veux être le Président de l’accession à la propriété pour tous les citoyens »… Et à première vue, rien sur la sécurité ni l’immigration. Il faut scruter la fin du dernier point de son projet pour y trouver, dans le corps du texte, une référence. Le candidat ne veut probablement pas être enfermé dans son image de premier flic de France. Et puis, comme il l’a martelé lors de son investiture, il a « changé »…

Bien sûr, Afrik a sollicité son interview. Par courrier, par téléphone, avec force formules de courtoisie, nous avons fait le siège de notre nouveau voisin. Mais, le 29 janvier dernier, Franck Louvrier, son conseiller pour la presse et la communication, nous a répondu par cette formule impersonnelle et lapidaire : « je suis au regret de vous faire connaître qu’il n’apparaît pas possible de réserver une suite favorable à votre demande. »

Afrik.com ne serait-il pas un média assez important pour qu’il lui accorde de son précieux temps ? Notre quotidien serait-il trop africain ? Nicolas Sarkozy craindrait-il que nous l’entraînions sur des sujets qu’il veut éviter d’aborder depuis qu’il a « changé » ? Il n’empêche que les Africains et nombre de Français veulent entendre le candidat UMP et ceux des autres partis politiques s’exprimer sur les relations futures entre la France et l’Afrique, l’immigration, les violences policières, la lutte contre le racisme et la discrimination, les questions mémorielles… Des thèmes qu’aucun média généraliste hexagonal ne saurait aborder de la même manière qu’Afrik.com et comme l’espèrent nos lecteurs. C’est pourquoi, pour répondre à l’attente de ce lectorat, nous insisterons pour que, de l’extrême droite à l’extrême gauche, tous les candidats en lice pour ces élections présidentielles françaises répondent à nos questions. En espérant qu’ils ne restent pas, paralysés par la crainte, l’appréhension ou le mépris, debout aux portes de l’Afrik.