Nicolas Sarkozy a un fan-club au Cameroun

Une cinquantaine de personnes se sont jointes à la toute nouvelle Association camerounaise des fans de Nicolas Sarkozy. Créée par l’avocate Alice Nkom, l’Acfans a pour objectif d’aider le président français à développer l’Afrique et à ajuster sa politique d’immigration en se basant sur les réalités du continent. Précisions de la présidente de la structure.

La Sarkomania est arrivée au Cameroun. Alice Nkom, une grande avocate de ce pays, a créé, le 11 juillet, l’Association camerounaise des fans de Nicolas Sarkozy (Acfans). Moyennant 10 000 FCFA, ses compatriotes peuvent rejoindre son combat : aider le président français à développer l’Afrique. Me Nkom indique qu’une cinquantaine de Camerounais ont adhéré à son projet depuis la mise en ligne, samedi, du site de l’Acfans. Elle explique comment et pourquoi elle compte soutenir son confrère, dont la politique d’immigration heurte bien des Africains.

Afrik.com : Pourquoi avoir monté cette association ?

Alice Nkom :
Lors de son premier discours comme président de la France, Nicolas Sarkozy a déclaré : « Je me battrai pour une Europe qui protège, pour l’union de la Méditerranée et pour le développement de l’Afrique ». Pour moi, sa politique d’ouverture est un antidote contre l’exclusion. Je suis désolée mais, si nos chefs d’Etats africains étaient ouverts, on aurait pas eu ces problèmes à Abidjan ! J’estime que quelqu’un ne peut pas avoir pris un engagement comme celui que Nicolas Sarkozy a pris envers l’Afrique sans que cela ne suscite une réaction africaine ! Ça mérite un soutien. Alors en tant qu’Africaine, je me suis demandée ce que je pouvais faire pour soutenir cette personne qui se bat pour mon continent.

Afrik.com : Que pensez-vous apporter à Nicolas Sarkozy ?

Alice Nkom :
L’idée est d’être son oreille concernant les problèmes d’émigration et d’immigration, de lui apporter notre vision car ce sont nos enfants qu’on étouffe dans les avions quand on les ramène chez eux – pour ne pas dire quand on les expulse – et ce sont nos enfants les boat people qui meurent sur des embarcations en mer. Nous voulons lui dire comment il peut être un homme d’ouverture et contrôler l’immigration. Il faut un écho des Africains eux-mêmes pour que sa politique s’enrichisse.

Afrik.com : Sa politique sur l’immigration, c’est précisément ce que de nombreux Africains reprochent à Nicolas Sarkozy. Ne craignez-vous pas qu’ils prennent votre soutien pour une trahison ?

Alice Nkom :
Je suis d’accord quand il dit que la France ne peut pas recevoir tout le monde. L’Afrique non plus ne le peut pas. On critique Nicolas Sarkozy, mais des Africains également traitent mal des Africains qu’ils expulsent. Si on s’organise à l’intérieur du système de Nicolas Sarkozy, c’est parce que c’est en étant à l’intérieur qu’on peut agir pour améliorer les choses.

Afrik.com : Pensez-vous que Nicolas Sarkozy se soucie réellement du développement de l’Afrique ? Il a quand même dit que la France n’avait pas besoin d’elle sur un plan économique…

Alice Nkom :
Nicolas Sarkozy a changé de langage maintenant qu’il est rentré dans sa peau de président. Ce qui m’intéresse, c’est son discours sur le développement de l’Afrique. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. J’aime le fait qu’il promeuve des gens au mérite et pas seulement ceux de son camp. Il a notamment nommé (le 1er février 2007, ndlr) le Camerounais Pierre Ngahane préfet délégué à l’égalité des chances, ce que peu de Camerounais savent. Jacques Chirac avait la réputation d’être un grand amoureux des Africains et de l’Afrique, mais, il a eu deux mandats, et son gouvernement n’était pas teinté du tout. Il a fait des discours formidables envers l’Afrique, mais on a rien vu.

Afrik.com : Vous êtes présidente de l’Association de défense de l’homosexualité (Adefho). Or, Nicolas s’est déclaré contre le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Vous n’avez pas le sentiment qu’Adefho et Acfans entrent en contradiction ?

Alice Nkom :
Non ! Lorsque nous serons à l’intérieur, nous aurons des discussions et nous lui dirons que l’ouverture, c’est ça aussi.

Afrik.com : Au final, vous n’avez pas peur de vous mettre des Africains et des homosexuels à dos ?

Alice Nkom :
Moi, je travaille avec les décideurs. On n’a jamais intérêt à se fâcher avec ceux qui décident. Il faut leur faire prendre conscience de points de vue qu’ils ne perçoivent pas d’emblée. Nicolas Sarkozy a dit qu’il était contre la guerre en Irak mais qu’il n’allait pas pour autant se fâcher avec [le président américain George] Bush. Moi j’aime ça. Je n’aime pas les portes fermées, où on peut pas discuter. Si on n’est pas d’accord, j’estime que c’est à soi de convaincre.

Afrik.com : Pensez-vous que Nicolas Sarkozy vous prêtera une oreille attentive ?

Alice Nkom :
Oui, il le sera. C’est un avocat comme moi et je pense que quand il verra que nous travaillons réellement sur des sujets importants à l’échelle mondiale, ses services le prendront en compte. Il n’a pas l’intention d’être un président franco-français. C’est un homme ouvert, donc il sera forcément intéressé par la voix de l’Afrique. C’est à nous de trouver les canaux pour lui communiquer nos idées, ce n’est quand même pas lui qui va venir nous chercher !

Afrik.com : Espérez-vous qu’il financera vos actions ?

Alice Nkom :
Pourquoi ne le ferait-il pas s’il voit que cela peut, d’ici deux ou trois ans, réduire l’émigration ou permettre de réinsérer ceux qui sont revenus ? Nous souhaitons être un relais actif et réactif et je pense qu’il pourrait mettre à disposition les moyens et possibilités car, si ça marche, cela rentrera dans son bilan dans cinq ans.

Afrik.com : Comment comptez-vous faire pour que Nicolas Sarkozy connaisse vos actions ?

Alice Nkom :
Nous avons découvert sur Internet l’Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy. Nous leur avons écrit pour leur dire que, étant donné que nous avons les mêmes objectifs et le même sentiment qui nous animent, nous pourrions devenir leur petite sœur africaine. Ils nous ont répondu en manifestant leur intérêt et nous devrions avoir un rendez-vous à la rentrée. Je vais également voir l’ambassadeur et le consul de France au Cameroun pour leur parler du projet et les inviter à la conférence de présentation de l’association à la rentrée. Le président de l’Assemblée des Français de l’étranger, Bernard Zipfel, m’a aussi dit qu’il était intéressé par l’association et qu’il était content qu’elle soit fondée par quelqu’un comme moi. En attendant du nouveau, on se structure de l’intérieur.

Afrik.com : Comment comptez-vous fédérer les fans ?

Alice Nkom :
Lors de la grande conférence de lancement de l’association. J’expliquerai pourquoi je soutiens Nicolas Sarkozy et demanderai à ceux qui le veulent de nous rejoindre. Nous nous réunirons alors pour mettre en place des activités.

 Photo : Habibou Bangré