Naufrage du « Dieu Merci »

Violente tempête ? Déficiences techniques ? La baleinière « H.B. Dieu Merci » a coulé avec son secret sur l’origine de la catastrophe du lac Maïndombe. Sur 400 passagers, la moitié a pu miraculeusement en réchapper. Des femmes commerçantes de Kinshasa sont sous le choc.

Par Octave Kambale Juakali

Les vendeuses de manioc du grand marché de Kinshasa n’en ont pas cru leurs oreilles en apprenant la nouvelle du naufrage du « H.B. Dieu Merci ». Bon nombre de leurs voisines de marché effectuent souvent ce trajet pour se rendre à Inongo, sur les bords du lac Maïndombe, province de Bandundu, pour s’approvisionner en manioc et poissons. L’accident a eu lieu mercredi 27 novembre 2003 et il y a une semaine que les commerçantes avaient quitté Kinshasa pour cette région. « Je suis très inquiète au sujet de ma fille Berthe qui doit se trouver en ce moment dans la région», nous confie Mme Sifa, complètement éplorée derrière son étalage. Non loin d’elle, c’est Sophie Ndala dont le mari est parti pour Inongo, qui retient difficilement ses larmes. Au grand marché de Kinshasa, les vendeuses sont partagées entre faire le deuil et faire les affaires. « Nous ne pouvons même pas faire le deuil car nous ne savons pas exactement qui de Kinshasa se trouve parmi les victimes et qui est rescapé », se plaint Mme Sifa.

Une équipe du gouvernement congolais dirigée par le vice-président en charge des questions politiques et de sécurité, Azarias Ruberwa, a quitté Kinshasa jeudi 27 novembre 2003 pour juger de la situation sur place et porter secours aux blessés. Jusqu’alors, les secours ont été apportés d’une manière désordonnée par des éléments de la Croix-Rouge locale et des élèves infirmiers. Selon le Dr Didier Botange de « Médecins Sans Frontières », le seul médecin sur place à Inongo, toutes les équipes de secours sont débordées. « Les morts ont été ensevelis dans des fosses communes, à 3 ou à 4, pour éviter d’éventuelles épidémies. » Un
hélicoptère de la Monuc (Mission des Observateurs des Nations Unies) a participé aux opérations de sauvetage entre le port de Kesenge, où a eu lieu le naufrage, et la ville d’Inongo. La Monuc a également promis de mettre d’autres avions à la disposition du gouvernement pour le transport des blessés sur Kinshasa.

Violentes tempêtes

L’embarcation « Dieu Merci », une baleinière de fabrication artisanale, venait d’Inongo vers Kesenge, avec à son bord près de 400 passagers, visiblement plus qu’il n’aurait fallu. D’après les premières informations, deux cents personnes auraient péri dans le naufrage, un chiffre qui a été un peu revu à la baisse vendredi 28 novembre 2003, au fur et à mesure qu’était réalisé le décompte des survivants. Le navire n’a pas dû résister aux coups de boutoirs des vagues qui atteignaient jusqu’à 5 mètres de hauteur. Selon une passagère, Mme Bienvenue Mwanku, rescapée de la catastrophe et jointe par téléphone, à partir de la ville d’Inongo, l’accident a été soudain : « Brusquement, nous avons vu les passagers qui se trouvaient sur une sorte de balcon nous tomber dessus ».

Les violentes tempêtes sur le lac Maïndombe sont assez courantes pour la saison et pour beaucoup d’observateurs, l’équipage, expérimenté, devait le savoir. Azarias Ruberwa a promis, de la part du gouvernement, de déclencher une enquête afin d’établir les responsabilités dans cette catastrophe.