Mulezi ou la bonne à tout faire

Corvéables à merci, les Mulezi, c’est ainsi qu’on désigne les « petites bonnes » en Répuplique Démocratique du Congo, constituent une aide domestique quasi indispensable pour les femmes congolaises de plus en plus dynamiques d’un point de vue économique. Plongée au coeur du fléau Mulezi.

Par Adeline Nsimire

Quand on parle des enfants au travail, on fait souvent allusion à ceux utilisés dans des firmes, des usines de transformation de produits agricoles et industriels, l’artisanat,…ou à ceux qui opèrent dans le secteur informel. Evidemment, peu s’y retrouvent de leur propre gré. Certaines circonstances les entraînent souvent à compter sur eux-mêmes pour assurer leur survie ainsi que celle des leurs. Parmi les enfants travailleurs, figurent aussi des fillettes souvent oubliées. Ce sont ces milliers de jeunes filles utilisées comme « bonnes » dans des nombreux ménages, aussi bien en ville que dans les villages. Ces filles sont appelées « mulezi » (mot signifiant « bonne » ou la jeune fille qui assure la garde des enfants, en mashi).

Des origines coutumières

Les bonnes sont généralement au service d’une grande sœur, d’une tante, d’un membre de la famille lointaine. La demande se fait souvent entre femmes. Une fois convenue, la proposition est faite au père. Celui-ci ne tarde pas à céder pour, entre autres raisons, pour sauvegarder les liens familiaux avec la famille demandeuse. Le moindre refus occasionne parfois de graves détériorations des relations dans le clan. Mais les petites bonnes sont également des enfants sacrifiés par leur famille pour seconder les mères de famille dans leurs travaux ménagers.

Dans nos villages, nombreux sont les ménages qui croient encore que la première fille n’a pas le droit d’aller à l’école. Et pour cause ? A sa naissance, la mère se sent soulagée de trouver une assistante valable. En effet, dès le très bas âge, celle-ci remplace la mulezi – si elle en avait une. Elle s’occupe ainsi des soins de ses petits- frères et sœurs. Mais également d’autres travaux domestiques. Adolescente, elle prend la houe et accompagne sa mère pour tous les travaux des champs. A ce stade, sa place de « bonne » aura été occupée par quelqu’un d’autre. Le critère de choix de celui-ci étant bien entendu lié à son sexe, mais aussi à l’âge.

Les femmes : soutien de famille

Du caractère social, ce besoin en main d’œuvre féminine s’est accentué avec la dégradation du tissu économique du pays qui a conduit à la paupérisation de la population. En effet, la femme – celle vivant en milieu urbain – a bien compris que la crise s’installait. Elle a inventé un nouveau mode de vie qui consiste à ne plus compter sur le salaire de son mari. Et la voilà partout : porte-faix, revendeuse de toutes sortes de marchandises au coin des rues. Pendant ces temps, les maris se rendent toujours au service pour, martèlent-ils souvent, « garder leurs numéros matricules », espérant que l’Etat payera un jour des salaires. Ainsi passent des jours, des années et des décennies.

La mobilité de la femme suppose la survie de sa famille. Cette mobilité n’est cependant possible que lorsque celle-ci dispose d’une personne qui peut s’occuper des travaux ménagers – à sa place – et surtout du soin des tout petits. Et tous les enfants en âge d’être scolarisés le sont scolarisés, sauf en cas d’extrême pauvreté. C’est ici que le recours à la bonne salariée a lieu. Ce salaire varie entre 5 et 10 $ à Bukavu (Est de la RDC).

Quelles sont les tâches réellement attribuées à la bonne ? Elles sont multiples et varient selon que celle-ci se situe au village ou en ville. Au village par exemple, outre qu’elle doive s’occuper à longueur de journées des enfants, la mulezi assiste sa maîtresse dans presque tous les travaux domestiques : ramasser du bois, puiser de l’eau, faire la lessive, chercher de l’herbe verte (servant de tapis pour les huttes), … En ville par contre, les bonnes sont souvent utilisées dans des activités génératrices de revenus : vendre des beignets, de la farine, de la braise, de la glace ou de la bière. Ceci en plus de ses nombreux travaux domestiques.

Quel avenir ?

Il y a presque autant de bonnes qu’il y a de ménages, aussi bien dans les villages que dans des centres urbains. Où peut-on placer cette catégorie de personnes-relais entre la mère et la famille ? Ne sont-elles pas au travail du matin au soir – et peut-être jusque tard la nuit ? Ne sont-elles donc pas des travailleuses.

Elles sont très nombreuses à participer à l’exode rural. Les parents que nous sommes ainsi que des associations de défense des droits de la femme – la femme paysanne en particulier – , peuvent aider la communauté à comprendre et à combattre les effets de ce phénomène. Leur nombre ne constitue-t-il pas un obstacle au droit à l’éducation et à l’instruction reconnu à tout enfant, quel que soit son sexe ?