Mswati III défend la polygamie

Alors qu’un récent rapport des Nations Unies démontre que les pratiques traditionnelles telles que la polygamie ont un impact sur la propagation du sida au Swaziland, le roi du pays a affirmé le contraire cette semaine à la télévision. Il se retrouve une fois de plus au coeur de la polémique.

Mswati III se retrouve à nouveau au coeur d’une controverse. Le passage du bouillonnant roi du Swaziland sur une télévision locale cette semaine a été très remarqué… En effet, le monarque a affirmé que la polygamie  » ne contribuait pas à la propagation du HIV parmi la population « .  » Le sida est transmis par la façon dont un individu gère sa propre vie. La polygamie ne peut donc pas être un facteur de risque. Tant que les gens restent avec leur partenaire séronégatif , il n’y a pas de problème « , a-t-il affirmé.

Les Organisations non-gouvernementales et les associations de femmes sont montées au créneau, dénonçant ces remarques  » naïves et à son avantage « .  » Toutes les études sur la propagation du sida montrent que le premier facteur est bien le fait de multiplier les partenaires sexuels « , explique Thobile Dlamini, du Groupe d’action swazi contre les abus.

120 femmes pour le pater

Un rapport du Programme pour le développement des Nations Unies (Pnud), sorti en octobre 2002, faisait d’ailleurs ressortir le rôle des pratiques traditionnelles dans l’augmentation du nombre de séropositifs au Swaziland. Au premier rang des personnes exposées : les femmes.

En effet, la polygamie est institutionnalisée dans le petit pays d’Afrique australe, autant que le droit à un homme d’avoir autant de femmes qu’il le désire, même hors mariage. Le Roi Mswati III, qui va sur ses 35 ans, a d’ailleurs 9 femmes (depuis son premier mariage à 18 ans) et deux  » fiancées « . Son père, le Roi Sohuza, qui régna de 1921 à 1982 sur les Swazis, en aurait épousé 120, selon sa biographie officielle…

Danse du Roseau

Selon le rapport, la polygamie n’est pas la seule pratique dangereuse défendue par la couronne. C’est également le cas des mariages arrangés, de la tradition qui veut qu’une veuve devienne la propriété du frère de son défunt mari et du rite initiatique qui fait que l’oncle d’une jeune fille doit  » casser  » sa virginité avant qu’elle se marie. Enfin, l’annuelle Danse du Roseau, durant laquelle de jeunes vierges offrent des roseaux à la Reine-mère et qui a compté 30 000 participantes cette année, serait une occasion pour ces jeunes filles de fuir l’autorité parentale pendant une semaine et d’entretenir des relations sexuelles, parfois avec des autorités traditionnelles. Le Roi a d’ailleurs repéré sa dernière épouse de 14 ans lors de cette cérémonie.

Alors que près de 40% de la population swazie est séropositive, les propos tenu par le souverain cette semaine ont effectivement de quoi choquer.  » Le roi parle comme si le sida n’existait pas, comme si on était encore au XIXème siècle « , explique sous couvert de l’anonymat, un Occidental en poste à Mbabane.  » Bien sûr, il défend les pratiques culturelles de son pays mais les temps ont changé.  » Les temps ont peut-être changé mais pas au Royaume du Swaziland.