Moustapha Niasse : « le Sénégal est entré dans une zone de turbulences »

Dakar connaît un début de campagne musclé. Ce samedi 27 janvier, l’opposition avait appelé la population à manifester pacifiquement contre le pouvoir du Président Wade et pour le respect du calendrier électoral. Mais les policiers ont dispersé les manifestants manu militari, et la plupart des leaders politiques ont été arrêté le temps d’un interrogatoire. Parmi eux, Moustapha Niasse, candidat à l’élection présidentielle. Interview.

Par Michel Mutumbo-Cartier

Les élections présidentielles prévues pour le 25 février prochain à Dakar font certes couler beaucoup d’encre, mais chose nouvelle dans la capitale sénégalaise, elles font dorénavant naître une forme de violence qui dépasse celle des mots. Ce samedi 27 janvier, la foule qui s’était rassemblée pour manifester contre le pouvoir du Président Wade et pour le respect du calendrier électoral a été dispersée par des policiers en armes. Et la plupart des leaders politiques ont été arrêté le temps d’un interrogatoire. C’est dans ce contexte que nous avons interrogé Moustapha Niasse, candidat à l’élection présidentielle et leader de la fameuse « coalition 2007 » qui regroupe à elle seule une dizaine de partis politiques d’opposition. Ce diplomate chevronné parle sans détour et dénonce activement les dérives du pouvoir en place.

Afrik.com : Comment analysez-vous les événements de ce samedi lors de la manifestation de l’opposition ?

Moustapha Niasse :
Mon analyse est simple et c’est également je crois celle d’une grande majorité de sénégalais. Lorsque les libertés individuelles ne sont plus respectées dans un pays, quand la Constitution est violée de manière répétée par les dirigeants, lorsque l’oppression et la répression deviennent les outils privilégiés pour gouverner un peuple, l’insurrection, les marches de protestation et les mouvements populaires pacifiques sont les voix, les seules, qui permettent à une communauté toute entière de s’exprimer librement.
Malheureusement, il faut bien le constater, la violence appelle toujours la violence. Il est dommage de constater que le Sénégal est entré dans une zone de turbulences qui fait reculer la démocratie.

Afrik.com : Concrètement, que s’est il passé ?

Moustapha Niasse :
La marche de l’opposition, devant laquelle se trouvait le pouvoir en place s’est vue opposer une fin de non recevoir. L’Etat n’a trouvé pour l’interdire que l’envoi de policiers armés de matraques électriques et de grenades lacrymogènes. Après un combat rude entre les citoyens marcheurs et les forces dites de l’ordre, des leaders politiques dont je fais partis ont été embarqués sans ménagement, dans des « paniers à salades », comme des délinquants, puis conduits au commissariat central de Dakar afin d’y être soumis à un interrogatoire. Tout ceci, pour être relâchés après 4 heures de détention.

Afrik.com : Quelle est la cause de tous ces troubles ?

Moustapha Niasse :
Je le disais il y a peu, le Sénégal n’est plus une vitrine de démocratie et de gouvernance. Le Président Abdoulaye Wade, auteur principal et inspirateur de ces méfaits, a encore une fois violé la Constitution qui a consacré expressément « la marche publique pacifique comme moyen d’expression des citoyens lorsqu’ils sont mécontents des autorités élues pour les gouverner ». Lorsqu’on ne respecte plus la Constitution, on ne respecte plus rien.

Afrik.com : Quelle conclusion tirez vous de cette forme de répression ?

Moustapha Niasse :
La conclusion est simple, dans tous les cas, Maître Aboulaye Wade ne peut se soustraire, même par la violence, au verdict des urnes. Les prochaines élections du 25 février lui confisqueront démocratiquement la gestion de l’Etat et son régime sera bouté hors du pouvoir.