Moubarak malade

Hosni Moubarak, malade, n’assure actuellement plus ses fonctions de Président. Le chef de l’Etat égyptien, qui se fait soigner en Allemagne, a confié les rênes du pouvoir à son Premier ministre. Un intérim qui fait couler beaucoup d’encre et enflamme la rumeur.

De notre partenaire Le Quotidien d’Oran

L’Egypte connaît, ces derniers temps, une situation inédite. Pour la première fois, le président Hosni Moubarak, parti en Allemagne pour y subir une intervention chirurgicale (hernie discale au niveau des vertèbres), désigne officiellement un intérimaire, son Premier ministre, qui s’occuperait ainsi des affaires courantes, ce qui provoque de multiples rumeurs et supputations mettant en avant la gravité de la maladie du raïs égyptien.

Le communiqué officiel n’apporte pas de grandes informations sur l’état de santé du Président dont on sait, depuis quelques années et surtout après le malaise survenu, en direct à la télévision le 18 novembre dernier alors qu’il prononçait un discours devant le Parlement, qu’il connaît de sérieux problèmes de santé. En Egypte, c’est la troisième fois après Nasser et Sadate qu’on recourt à un remplaçant durant une relative longue absence.

La question de la succession

Agé de 76 ans, Hosni Moubarak qui gouverne l’Egypte depuis 1981, a connu un règne sans partage où les forces politiques d’opposition, comme dans tous les autres pays arabes, semblent absentes du terrain, marginalisées et longtemps réprimées. (…) Nous avons [bien souvent] affaire à des « Républiques » monarchiques où le fils succède au père. Ce fut le cas pour la Syrie. Saddam Hussein, avant sa chute, voulait placer un de ses enfants. Kaddafi prépare aussi son gamin. En revanche, en Egypte, dans un cas de figure tragique, la succession qui a déjà commencé, s’annonce très difficile et très animée.

Ou peut-être Moubarak, en optant pour son président du conseil comme intérimaire, lui apporte une caution et le plébiscite pour hériter des difficiles charges qu’il héritera d’un président, certes en bons termes avec Washington, mais qui éprouve de sérieuses difficultés à juguler la poussée fiévreuse d’un chômage endémique. Et d’une économie qui a longtemps souffert d’un autoritarisme peu porteur dans une Egypte souterraine, très séduite par le discours islamiste, vécu comme un succédané à la pauvreté ambiante et aux jeux occultes de différents pouvoirs formels et informels et qui traîne encore les conséquences d’attentats meurtriers, fragilisant une industrie touristique considérée comme fondamentale dans la politique égyptienne.

Pas de changements fondamentaux

Peu ouvert à de profondes réformes démocratiques, le chef de l’Etat veut ainsi assurer une succession tranquille. C’est ce qui l’aurait poussé à opter pour son président du conseil des ministres, homme dont on dit qu’il se distingue par une certaine loyauté pour le raïs et qu’il ne risquerait pas de s’engager dans de grands changements. Mais le contexte international (la situation en Irak et en Palestine) et national (crise économique larvée, contestations…) semble peu propice à de profondes mutations. Les dirigeants égyptiens, au cas où il y aurait des transformations sérieuses au niveau du fonctionnement institutionnel et structurel, craindraient un véritable raz-de-marée islamiste.

C’est l’une des raisons qui ont incité le raïs égyptien à rejeter toute idée de réforme sérieuse allant jusqu’à avouer, de manière implicite, dans un entretien accordé au quotidien français, Le Monde, l’impopularité des pouvoirs arabes et les risques d’une prise de pouvoir par les Islamistes en cas d’élections démocratiques. D’ailleurs, il s’est empressé de citer comme argument-épouvantail le cas de l’Algérie, considéré comme un exemple à ne pas suivre. Ainsi, refuse-t-il le projet du grand Proche-Orient façonné par Washington.

Moubarak et l’armée aux commandes

La réalité du pouvoir se trouve exclusivement prise en charge par Moubarak et l’armée. Comme dans toute situation de ce type, les états-majors se réunissent pour décider de la meilleure manière d’opérer en cas d’hypothèse tragique. Les manoeuvres et les contre-manoeuvres, les jeux de coulisses et du sérail peuplent les lieux du pouvoir depuis déjà belle lurette. Mais dans ce cas de figure, le perdant ne pourrait être que Djamel, son fils, qui serait ainsi éliminé de la course (…)

Ahmed Cheniki