Montréal : saisie d’un avion Bombardier dans une affaire de corruption au Nigeria 

Le 30 mai dernier, le Global 6000, un jet d’affaires du constructeur Bombardier, a été saisi à Montréal, à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Immatriculé M-MYNA, l’avion était sous haute surveillance dans une affaire de corruption dans laquelle était aussi impliqué un ancien ministre nigérian du Pétrole. La compagnie Bombardier réfute toute implication dans cette affaire bien qu’elle soit à l’origine de la construction et de la vente de l’avion.

Les autorités de Montréal ont procédé à la saisie du Global 6000 de la compagnie Bombardier alors qu’il venait de se poser l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Depuis plusieurs semaines, elles ont ordonné la mise sous haute surveillance de l’appareil en raison de son implication dans une affaire de corruption alléguée au Nigeria. 

Dans cette affaire, l’ex-ministre nigérian du Pétrole, Dan Etete, serait mis en cause. Il aurait conclu une entente de plus d’un milliard de dollars avec les compagnies pétrolières ENI et Shell. L’argent de cet accord qui appartient à la République du Nigeria, aurait été utilisé par l’ex-ministre pour l’acquisition du Global 6000 grâce au concours de plusieurs sociétés obscures.

Une affaire de corruption autour du pétrole nigérian

Dans un affidavit signé par Me Babatunde Olabode Johnson, l’avocat mandaté par l’État nigérian dans le cadre de cette affaire de détournement de fonds, l’ancien ministre aurait usé de son pouvoir pour accorder, en 1998, un contrat d’exploitation à la compagnie pétrolière Malabu. 

Cette compagnie ne détenait pourtant ni l’expérience nécessaire ni le personnel pour prendre en charge une exploitation pétrolière, ayant été créée seulement 5 jours avant l’obtention du contrat. Selon la déclaration, cette compagnie était secrètement détenue par l’ancien ministre ainsi que le fils du général Sani Abacha, dont le régime dictatorial a duré de 1993 à 1998 au Nigeria.

L’argent octroyé à Malabu dans le cadre du contrat d’exploitation pétrolière a été blanchi par Dan Etete via l’achat de biens de luxe, dont le jet d’affaires de Bombardier. D’après les documents déposés auprès de la Cour, l’avion, au moment de son achat, aurait une valeur de 54 millions de dollars. Aujourd’hui, il ne vaudrait que 20 millions de dollars. 

L’avocat de l’État nigérian a indiqué, dans les documents, que l’avion a été mis en vente, ce qui explique l’urgence des procédures judiciaires. D’après des images prises de l’intérieur du jet d’affaires, il a été « somptueusement remis à neuf », selon les termes utilisés dans l’affidavit. 

La compagnie Bombardier se dit non impliquée

La saisie de l’appareil a eu lieu alors que celui-ci venait de transiter par l’aéroport de Shannon en Irlande, après avoir quitté Dubaï peu de jours avant. L’ordre de saisie a été donné par Chantal Massé, la juge de la Cour Supérieure. 

Après la publication de l’incident, la compagnie Bombardier est montée au créneau. D’après le directeur aux communications et affaires publiques chez Bombardier, Mark Masluch, « Bombardier n’est aucunement impliquée dans cette action de saisie ». Il poursuit en affirmant : « Nous n’avons pas de contact, que ce soit de maintenance ou autre, avec le client en question, et l’arrivée à Montréal n’est aucunement coordonnée par Bombardier ».

D’après les précisions apportées, la compagnie ne disposerait d’aucun atelier de maintenance de l’appareil à Montréal. Toutefois, aucune information n’a été divulguée sur les compagnies ayant été certifiées par Bombardier pour effectuer des maintenances sur ce type d’avion. 

Bombardier pointé du doigt par le Nigeria

Mark Masluch refuse de dévoiler l’identité de nouvel acheteur de l’avion au cours d’une transaction qui date de 2011. Pour expliquer cette position, il affirme : « Ça fait partie des clauses de confidentialité qu’on a avec tous nos clients : on ne peut pas tout simplement donner le nom des personnes, des compagnies à qui on livre des avions. […] Je peux confirmer qu’on a construit l’avion et qu’on l’a livré à un client qui n’était pas monsieur Etete ». Il s’est contenté d’affirmer que la compagnie Bombardier s’était chargée de procéder à une vérification diligente avant la vente de l’avion.

Pourtant, Me Johnson a dénoncé, dans l’affidavit, l’utilisation par l’ancien ministre nigérian Dan Etete d’un fiduciaire qui occultait les pratiques de ses clients pour la distribution ou la réception d’importantes sommes d’argent, « ce qui signifie que Bombardier ne pouvait pas savoir qui achetait l’avion ». 

Cette affaire de corruption fait écho à d’autres dans lesquelles étaient impliqués des clients de Bombardier et qui ont été révélées par Enquête l’année dernière. Dans l’affaire des frères Gupta en Afrique du Sud, la compagnie avait alors déclaré qu’elle interdirait à l’avenir de telles transactions.