Monsieur et Madame O : vivre en France avec la « double peine »

Monsieur O, condamné dans les années 1990 à de la prison et à quitter le territoire français pour transaction de stupéfiant, n’a pas pu profiter de la loi du 26 novembre 2003 pour régulariser sa situation. Le texte offrait aux étrangers sous le coup d’un arrêté d’expulsion ou d’une interdiction du territoire de demander l’abrogation de cette peine avant le 31 décembre 2004. Contraint de vivre caché, Monsieur O tente sans succès de faire lever son interdiction du territoire français.

Par Eric Chaverou, pour Radio France, et Saïd Aït-Hatrit, pour Afrik.com. Ce reportage, qui fait partie de notre dossier « double peine », a été réalisé dans le cadre du programme « Mediam’Rad » de l’Institut Panos.

« On le vit très très mal. Il a besoin d’avoir ses papiers et je n’ai pas l’impression que l’on veuille lui en donner. Il a quand même des droits puisqu’il a des enfants ici en France, Français. Je suis moi-même de nationalité française et on est mariés quand même depuis 1996, donc normalement, il devrait même avoir droit à la nationalité française… », confie Madame O.

Emue par le rappel d’années éprouvantes qui n’en finissent pas, elle a vu sa vie et celle de son foyer bouleversées lorsque son mari a été condamné à deux ans de prison ferme pour transaction de stupéfiant. Une peine assortie d’une interdiction du territoire français (ITF). Cet événement se déroule il y a onze ans, et le couple élève alors une fille de 18 mois. Elle restera séparée de son père, reconduit en Algérie, pendant 5 ans, avant qu’il ne revienne de façon illégale et ne soit de nouveau expulsé en 2006 après avoir été interpellé sans papiers. Monsieur O. a eu entre temps un petit garçon. Il est revenu au début de l’année 2007 dans son foyer en traversant la Méditerranée sur un canot pneumatique.

Depuis dix ans, la situation semble inextricable puisque le père de famille ne parvient pas à faire lever son ITF. Même en Algérie, Monsieur O. n’arrive pas à obtenir les papiers nécessaires à un retour légal. Il a entrepris une dizaine de différentes démarches, infructueuses, y compris auprès du président de la République. Aujourd’hui, les rôles sont inversés à la maison en raison du danger pour Monsieur O. de sortir et de sa quasi impossibilité de travailler. Le couple continue toutefois à espérer, en particulier grâce à l’avocate qui suit le dossier depuis le début.

Témoignage de Monsieur O, aujourd’hui en situation irrégulière en France

Témoignage de Madame O, femme de double peine