
Deux sélections africaines, deux situations opposées. Ce samedi soir à Toronto, la Côte d’Ivoire, déjà victorieuse de l’Équateur, défie l’Allemagne avec l’occasion de prendre une option sur la qualification, voire la première place, dans le groupe E. Quelques heures plus tard, à Monterrey, une Tunisie en crise et dotée d’un nouveau sélectionneur, Hervé Renard, joue presque sa survie face au Japon. Ce sera lors du 1 000e match de l’histoire de la Coupe du monde.
Le Mondial 2026 entre dans la phase où chaque point pèse lourd. Pour l’Afrique, la nuit de samedi à dimanche aligne deux rendez-vous de nature très différente mais d’égale importance. Allemagne-Côte d’Ivoire à Toronto, à 22 heures en France, puis Tunisie-Japon à Monterrey, à 6 heures dimanche matin.
La Côte d’Ivoire veut changer de dimension
Pour les Éléphants, le défi est immense mais l’occasion est belle. La sélection d’Emerse Faé se présente face à l’Allemagne avec déjà trois points en poche, fruit de sa victoire inaugurale 1-0 contre l’Équateur, à Philadelphie. Un succès arraché sur le fil grâce à Amad Diallo qui a délivré les siens dans les dernières minutes, d’une déviation du gauche sur un service de Wilfried Singo, après une rencontre où les Ivoiriens avaient buté à trois reprises sur les montants. Le jeune Yan Diomandé, 19 ans, devenu le plus jeune Ivoirien à disputer un Mondial, avait été l’animateur le plus en vue de cette entrée en lice.
En face, l’Allemagne a frappé fort en corrigeant Curaçao 7-1. Sur le papier, les Éléphants ne sont pas favoris, la Mannschaft de Julian Nagelsmann pointe au 10e rang mondial, loin devant des Éléphants 33es. Mais le match promet un tout autre combat. Les Allemands devront composer avec la puissance du capitaine Franck Kessié, l’activité de Seko Fofana, la vitesse d’Amad Diallo et l’émergence de Yan Diomandé, déjà cité parmi les profils les plus dangereux du groupe. Côté ivoirien, une ombre toutefois : le défenseur Evan Ndicka, pilier de l’arrière-garde, est forfait sur blessure, ce qui fragilise le secteur défensif à un moment clé. Heureusement, Elye Wahi vient d’obtenir son visa du Canada et pourra participer à la rencontre.
Depuis le sacre à la Coupe d’Afrique des nations 2023, la Côte d’Ivoire cherche à redevenir une référence continentale sur la scène mondiale. Face à l’Allemagne, les Éléphants devront éviter de subir pendant 90 minutes. La clé se situera sans doute dans les transitions. Si l’Allemagne monopolise la possession, les espaces laissés dans son dos peuvent devenir une arme, à condition de garder assez de lucidité pour ne pas se contenter de dégager. Un nul serait déjà une belle opération une victoire ouvrirait la voie à une qualification et à la première place du groupe E avant la dernière journée.
La Tunisie en crise, Renard en pompier
Quelques heures plus tard, la Tunisie disputera un match d’une tout autre nature. Battus 5-1 par la Suède lors de leur entrée en lice, à Monterrey déjà, les Aigles de Carthage occupent la dernière place du groupe F et n’ont plus de marge. Surtout, la déroute la Fédération a limogé le sélectionneur Sabri Lamouchi, en poste depuis cinq mois seulement, et nommé dans la foulée un autre Français, Hervé Renard.
Renard est un familier des grands rendez-vous et des sauvetages express. Il a par exemple dirigé le Maroc lors du Mondial 2018, puis l’Arabie saoudite en 2022, signant l’une des plus grandes surprises de l’histoire de la compétition avec la victoire des Saoudiens contre l’Argentine de Lionel Messi. Double vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations, avec la Zambie en 2012 puis avec la Côte d’Ivoire en 2015, il connaît parfaitement le football du continent. Reste le défi de réorganiser et remobiliser une équipe en quelques jours seulement.
La rencontre aura par ailleurs une portée historique. Tunisie-Japon constitue le 1 000e match de l’histoire de la Coupe du monde, depuis l’édition inaugurale de 1930 en Uruguay. « Pouvoir prendre part au 1 000e match de Coupe du monde est vraiment symbolique », a salué le capitaine tunisien Ellyes Skhiri. Mais pour les Aigles de Carthage, l’enjeu est moins statistique que vital. Après le naufrage initial, il s’agit d’abord de retrouver de l’ordre et la capacité de résister aux accélérations adverses.
Car l’adversaire est solide. Le Japon a accroché les Pays-Bas 2-2 pour son entrée, grâce à Keito Nakamura et Daichi Kamada, confirmant la qualité d’un effectif composé presque intégralement de joueurs évoluant dans les meilleurs championnats européens. C’est l’une des sélections les plus disciplinées du tournoi, dont la force tient autant à la répétition des courses, à la patience et à l’intelligence tactique qu’à la technique individuelle. Pour la Tunisie, le piège serait de courir après le ballon trop tôt, puis de céder physiquement.
En une nuit, l’Afrique peut donc vivre deux émotions inverses : l’espoir d’un exploit ivoirien contre une puissance européenne, et la tentative de rebond d’une Tunisie adossée au mur, désormais entre les mains d’un technicien qui a l’habitude de la victoire surprise.




