Moins de piratage au Maroc

L’Association internationale des éditeurs de logiciels (BSA) a enregistré une forte baisse du piratage des programmes informatiques en Afrique et notamment au Maroc, entre 1994 et 2002. Au Royaume chérifien, le taux de piratage est ainsi passé de 82 à 58%. Les explications de Samir Benanni, représentant du BSA pour l’Afrique du Nord.

L’Association internationale des éditeurs de logiciels (Business Software Alliance, BSA ), qui représente l’industrie mondiale du logiciel et de l’Internet auprès des pouvoirs publics et des consommateurs, vient de sortir sa huitième étude annuelle sur le piratage de logiciels professionnels dans le monde. L’étude, sur 85 pays, révèle que le piratage dans le monde enregistre une légère baisse en 2002 et montre un déclin significatif en Afrique depuis 1994, notamment au Maroc. Les explications de Samir Bennani, porte-parole du BSA pour l’Afrique du Nord.

Afrik : Quels sont les chiffres du piratage de logiciels au Maroc ?

Samir Bennani : Le taux de piratage est passé de 82% en 1994 à 58% en 2002. Les pertes pour l’industrie représentent, en 2002, 4,5 millions de dollars, soit 1 million de moins qu’en 2001. En comparaison, le taux de piratage moyen en Afrique était de 77% en 1994 et de 49% dans le monde. En 2002, il est passé à 48% pour l’Afrique et 37% dans le monde. Le Maroc se situe donc toujours un peu au-dessus de la moyenne africaine. Nous enregistrons une baisse de 3 à 4 points par an et notre objectif est d’atteindre les 45% d’ici 2005.

Afrik : Et pour les autres pays d’Afrique du Nord ?

Samir Bennani : En Egypte, le taux de piratage est passé de 84% en 1994 à 52% en 2002. Nous n’avons pour le moment pas de chiffres sur l’Algérie et la Tunisie. Dans ces pays, nous en sommes au stade embryonnaire de la sensibilisation. Ce sont des marchés différents mais on pense bien sûr, au vu des faibles ventes, que le taux de piratage est très élevé.

Afrik : Comment se calcule ce taux de piratage ?

Samir Bennani : Le BSA se renseigne sur le nombre de micro-ordinateurs livrés dans les pays et sur l’offre de logiciels qui devrait accompagner cette demande. Si les éditeurs n’ont pas vendu autant de logiciels qu’ils devraient, c’est qu’il y a eu piratage. Le taux est donc obtenu à partir du ratio du nombre de logiciels vendus par rapport au nombre de logiciels qui auraient dû être vendus. Cette méthode est appliquée partout dans le monde et ce, depuis 1994. Les chiffres que nous donnons sont donc comparables et montrent à quel point, au Maroc, le comportement du citoyen vis-à-vis de l’achat de logiciels a changé.

Afrik : Comment expliquez-vous cela ?

Samir Bennani : Il y a plusieurs paramètres. De 1994 à 1998, la baisse du piratage est liée à l’installation de certains éditeurs sur le sol marocain. Les acheteurs se sont alors dit qu’il fallait mieux acquérir les programmes directement auprès d’eux plutôt que de se procurer des copies. Durant les 4 dernières années, la chute enregistrée s’explique par les actions soutenues du BSA et la mise en vigueur, en novembre 2000, de la loi sur les droits d’auteur qui cite explicitement le logiciel informatique en tant que propriété intellectuelle. Il y a eu une plus grande prise de conscience de la part des pouvoirs publics, notamment du Bureau marocain des droits d’auteur.

Afrik : Le BSA a organisé des campagnes de sensibilisation…

Samir Bennani : Nous dépensons entre 1 million et 1,5 million de dirhams par an dans des campagnes marketing. Nos mailings de sensibilisation ont permis de toucher plus de 20 000 sociétés en 3 ans. Depuis 15 mois, nous avons innové en mettant en place une équipe qui descend sur le terrain pour sensibiliser les personnes d’une manière différente. Cela permet de toucher directement les patrons, de leur parler en face, de leur expliquer que le piratage est un préjudice éthique mais également technologique. Ces visites aux décideurs, qui ont déjà touché 2 500 sociétés, ont eu un impact très important. De plus, une ou deux fois par an, nous lançons des campagnes publicitaires dans les médias.

Afrik : Vous allez voir aussi les revendeurs ?

Samir Bennani : Pour les revendeurs, notre approche est différente, plus musclée, car ce sont eux qui sont susceptibles d’induire le consommateur en erreur. Il nous arrive d’envoyer des acheteurs anonymes et d’adresser des lettres de félicitations ou de mise en garde. Notre processus, lorsqu’il y a piratage, est structuré : d’abord la sensibilisation puis la mise en garde, la mise en demeure et enfin, l’action en justice. Mais notre but n’est pas de passer notre temps dans les tribunaux, c’est pourquoi nous préférons laisser les éditeurs aller aux procès qui sont d’ailleurs peu nombreux.

Afrik : Pensez-vous que la tendance à la baisse va se poursuivre ?

Samir Bennani : Nous sommes confiants. L’important, c’est que les gens sachent qu’il y a une loi en vigueur qui protège les logiciels. La création, il y a quelques mois, d’une Commission inter-ministérielle de lutte contre le piratage et la contre-façon est encourageante même si elle se limite pour le moment à la musique. C’est un effort collectif. Nous essayons de changer les mentalités. Le piratage est surtout dû au fait que les gens ne saisissent pas la différence entre propriété industrielle et propriété intellectuelle. Pirater un logiciel c’est comme acheter un magnétoscope et ne pas vouloir payer les cassettes vidéo !

Afrik : C’est aussi parce-que les gens trouvent les logiciels trop chers…

Samir Bennani : Pas autant qu’on le pense. En fait, les efforts faits par les éditeurs sur les prix ne sont pas suffisamment importants pour changer totalement la donne. Pour autant, il est vrai que le BSA pousse les éditeurs, lors de ses campagnes publicitaires, à pratiquer les prix les plus attrayants possibles.

Afrik : Les logiciels libres représentent-ils une menace pour les membres du BSA ?

Samir Bennani : Nous avons une approche pragmatique par rapport aux logiciels libres. Nous n’avons pas à les juger et nous ne poussons pas les clients à utiliser nos logiciels plutôt que d’autres. Nous souhaitons juste que les programmes informatiques soient utilisés dans les règles des licences. En fait, la principale menace dans notre région est l’utilisation grandissante d’Internet dans le but de distribuer des logiciels illégaux.