Moines de Tibéhirine : Alger refuse que le juge Trévidic interroge des témoins

Le juge français en charge de l’enquête sur le massacre des moines de Tibéhirine a essuyé un refus de la part des autorités algériennes après avoir émis la demande d’interroger des témoins.

Arrivé à Alger dimanche 12 octobre en compagnie d’une quinzaine d’experts et de la juge Nathalie Poux, le juge antiterroriste français chargé de l’enquête sur le massacre des moines de Tibéhirine, Marc Trévidic, s’est vu refuser la possibilité d’interroger des témoins. L’équipe d’experts doit assister, sous la direction des homologues algériens, à l’exhumation et l’autoposie des têtes des moines de Tibéhirine, assassinés en mai 1996.

D’après une source du Figaro, une réunion concernant le programme de travail a eu lieu ce lundi. L’équipe d’experts algériens et français se rendra « tous les matins à l’aube à Tibéhirine (…) avant de revenir chaque soir à Alger pour des raisons de sécurité ». La mission devrait se limiter à l’exhumation des têtes inhumées et d’y prélever de l’ADN afin de s’assurer de l’identité des victimes. Le père Armand Veilleux de l’ordre cistercien avait peiné à reconnaître deux des frères lors de l’examen des têtes à l’hôpital militaire Aïn Naâdja, rapporte la même source. La justice française ne disposait que de clichés des têtes des victimes. Le père Armand Veilleux s’est félicité de la mission de M. Trévidic en Algérie, estimant qu’il ne s’agit que d’une étape. « Nous espérons que les autopsies permettront de retrouver aussi des traces de terre ou de végétaux susceptibles d’indiquer l’endroit où les corps ont été cachés », a-t-il dit.

Outre ces examens scientifiques, le juge français n’aura pas la possibilité d’interroger des témoins de l’affaire. Le juge Trévidic aurait souhaité interroger « des présumés geôliers qui auraient transporté ou séquestré les prisonniers dans une maison, nommée Dar El Hamra, au lieu dit Tala Es Ser, dans la région de Médéa, ainsi que d’anciens repentis du GIA et certains individus susceptibles d’avoir gravité dans l’entourage d’Abdellah, émissaire supposé de l’émir Djamel Zitouni, qui avait remis, le 30 avril 1996 au consulat de France à Alger, une cassette contenant les voix des sept moines ».

Les autorités algériennes ont consenti à procéder elles-mêmes aux auditions et faire parvenir les procès-verbaux à la justice française. Elles souhaitent également auditionner des témoins français, raison pour laquelle un juge algérien se rendra en France le 23 octobre prochain afin d’interroger, entre autres, Pierre Le Doaré, chef de poste de la DGSE à Alger entre 1994 et 1996, qui avait a l’époque reçu l’émissaire du GIA.