Misère et désespoir à Port-au-Prince

Le puissant séisme qui a ravagé Port-au-Prince, la capitale haïtienne, le 12 janvier, a fait plus de 220 000 morts, et provoqué un vaste élan de solidarité internationale. Cependant, des milliers de survivants ne bénéficient pas toujours de l’aide nécessaire à leur survie, et l’approche de la saison des pluies fait craindre une complication de leur situation. Sociologue et juriste consultant pour une coalition d’associations de défense des droits de l’Homme, Maxaint Jean-Baptiste vit à Port-au-Prince. Il a tout perdu lors du tremblement de terre, mais continue de suivre l’évolution de la situation. Pour Afrik.com, il fait le point.

Deux mois après le terrible séisme qui a ravagé Port-au-Prince, la situation demeure préoccupante dans la capitale haïtienne, en dépit de l’afflux de l’aide internationale. Mercredi dernier, le président américain Barack Obama a ainsi mis en garde contre « une seconde catastrophe », lors d’une conférence de presse dans les jardins de la Maison Blanche, en compagnie du président haïtien, René Préval, en visite à Washington. Evoquant les saisons des pluies et des cyclones qui, dans les semaines qui viennent, pourraient provoquer des coulées de boues et des épidémies, Barack Obama a indiqué que « la situation sur le terrain reste terrible et tout le monde devrait être bien conscient que la crise n’est pas finie ». Il en a appelé au renforcement de la mobilisation internationale pour éviter cette « seconde catastrophe ». Sociologue et juriste consultant à la Plate forme des organisations haïtiennes des droits Humains (POHDH), Maxaint Jean-Baptiste a répondu à nos questions.

Afrik.com : Quelle est la situation sur le terrain deux mois après le séisme ?

Maxaint Jean-Baptise
: Timidement, les gens commencent à reprendre leurs activités habituelles. Mais ils ne reçoivent pas de directives de l’Etat. La situation des sinistrés reste cependant alarmante. Ils sont totalement sans droits (alimentation, logement, protection, etc.). A cause des dénonciations, ça commence à s’améliorer dans certains endroits du pays. Mais beaucoup de choses restent à faire. Actuellement, Port-au-Prince, la capitale, connaît un va-et-vient de la population en quête de travail et des services de base. La situation est d’autant plus inquiétante que la saison pluvieuse et cyclonique va bientôt arriver. On redoute le déclenchement des épidémies telles que la malaria et la fièvre typhoïde.
Sur le plan de l’éducation, les universités, les écoles classiques et professionnelles ne fonctionnent pas encore. Les enfants restent dans les camps sans rien avoir à faire. Quelques organisations de la société civile font de l’animation socioculturelle et éducative. Le ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle n’a pas encore donné une date pour la réouverture des classes. Les parents, de leur côté, redoutent d’avoir à envoyer leurs enfants suivre les cours dans des bâtiments ébranlés et fissurés par le séisme.

Afrik.com : Voulez-vous dire que les centaines de millions de dollars de dons collectés ne parviennent pas aux sinistrés ?

Maxaint Jean-Baptise
: Il y a des gens qui sont touchés par la solidarité internationale. Mais la grande majorité de la population vit toujours la misère et le désespoir. Dans des centaines des camps de fortune, les habitants n’ont même pas une tente pour dormir.

Afrik.com : La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits de l’homme (POHDH) pour laquelle vous travaillez a écrit que le bilan officiel du séisme, qui fait état d’environ 230 000 morts, était sous-estimé. Quels sont vos chiffres?

Maxaint Jean Baptise
: Nous, à la POHDH, estimons, et d’autres organisations sont arrivées à la même conclusion, que le nombre de morts est supérieur à 300 000. Certaines organisations haïtiennes et américaines ont même fait état d’environ 500 000.

Afrik.com : Après le séisme, il y a eu la montée de l’insécurité. Qu’en est-il actuellement ?

Maxaint Jean-Baptise
: Sur le plan de la sécurité, il n’y a pas trop grand problème, par contre, la police fonctionne avec des effectifs très réduits. Les 6000 personnes évadées de la prison civile de Port-au-Prince sont toujours dans les rues. Les militaires étrangers ne s’occupent pas de cette question. Personne ne connait la mission des militaires, pour une distribution de l’aide alimentaire pour 50 personnes, nous constatons qu’il y a plus d’une centaine de militaires étrangers…
Par ailleurs, l’Etat n’a pas encore repris son fonctionnement normal. Quelques ministères sont logés dans des locaux provisoires. Les institutions publiques qui devraient offrir les services de base n’ont pas de fonctionnaires. Le siège du gouvernement se trouve dans un commissariat de Police et le siège de l’ONU à l’Aéroport international de Port-au-Prince.

Afrik.com : A la POHDH, vous ne semblez pas très favorable à la présence militaire massive des Etats-Unis dans les opérations de secours…

Maxaint Jean-Baptise:
Nous croyons que la crise haïtienne post-séisme ne nécessitait et ne nécessite pas une réponse militaire. Haïti a besoin de médecins, psychologues, travailleurs sociaux, sismologues, ingénieurs et architectes et pas de militaires. Qu’allons-nous faire avec les 20 000 militaires Américains, les 11 000 militaires Européens ? Quelle sera l’utilité des chars de guerre ?